09.03.2012

De la situation des minorités en Chine...



Note: cet article donne une image particulièrement négative de la Chine. Il est pourtant le fruit de mon expérience; acceptez-le donc tel qu'il est, et abstenez-vous de critiquer si vous n'avez pas eu l'occasion de juger de la situation par vous-mêmes.

 

 

Je ne pus pas atteindre Karakol.

La route menant au lac de montagne est barrée par plusieurs postes de contrôle; je ne dépassai même pas le premier. "Vous avez besoin d'une autorisation spéciale d'une agence de voyage attestée par les autorités" me dit-on tout en fouillant le contenu de mon sac.

Alors que je tente d'acheter quelques maigres vivres dans une baraque de bord de route, des touristes australiens et leurs guide Ouigour m'abordent pour me reconfirmer ma défaite: il n'est pas possible de se rendre à Karakol sans guide officiel.

Ma défaite est toute relative puisqu'elle me permet de partir à l'aventure, découvrir peut-être quelque trésor caché, une vallée secrète. Les Australiens me font faire un bout du chemin du retour "en échange de quelques histoires de voyage". Mais je repère rapidement une vallée profonde et minérale qui remonte depuis un village vers les immenses sommets enneigés. Ils me déposent. 

je commence à remonter la vallée, suivant une piste carrossable, sans avoir aucune idée de ce qui se présentera le long de celle-ci.  

Depuis le debut de la journée, je sens déjà peser, dans chaque village traversé, dans chaque visage fermé auquel j'ai vainement tenté d'arracher un sourire ou même un bonjour, dans chaque véhicule croisé, une ambiance pesante: méfiance, hostilité?

Consciemment ou inconsciemment, je commence moi-même à devenir méfiant, et me cache à l'arrivée d'une première voiture. Mais ne voit pas arriver la deuxième un peu plus tard. Mis devant le fait accompli, je tend le pouce. Le chauffeur s'arrête; c'est un Chinois, il met plusieurs minutes a se décider alors que je lui explique par signes que je veux remonter la vallée. Il finit par me faire monter. 

Il tente de me parler, mais mon vocabulaire mandarin étant limité à 3 mots (bonjour, merci, français), la conversation tourne vite court. Il n'avait qu'à apprendre l'Ouigour! Car étant apparentée au Turc, je peux comprendre cette langue qui est celle de la population locale, ce qui me permet de communiquer de manière correcte avec eux.

Il me laisse finalement, après une demi-heure, devant ce qui ressemble à l'administration d'une mine dont les tunnel s'ouvrent un peu partout autour. Ces mines qui font le bonheur du gouvernement chinois et le malheur de la population locale: les ressources naturelles du Xinjiang sont exploitées sans pitié par les entreprises gouvernementales qui creusent chaque montagne, chaque vallée, en extrayant divers minerais, détruisant l'environnement, polluant les rivières. La main d'oeuvre est apportée "de Chine", marginalisant encore plus la population locale qui subit les dommages sans même profiter des emplois, et accélèrant encore la colonisation des Chinois sur les Ouigours. Dans l'administration, la fonction publique, les entreprises, c'est la même chose. Les meilleurs postes sont accaparés par les immigrants chinois, tandis que les Ouigours doivent se contenter du commerce de rue, de l'agriculture, de laver les rues ou les chiottes. Et pas d'espoir de recommencer sa vie ailleurs: le gouvernement ne leur délivre pratiquement jamais de passeport.

Je passe devant quelques Chinois en costume puis croise quelques ouvriers: aucun ne me dit bonjour, tous me regardent passer fixement, l'oeil creux et le visage inexpressif. Personne ne semble vouloir m'empêcher de passer. Je me dirige vers le fond de la vallée, y ayant aperçu quelques maisons de terre, un bois (le premier de la journée, il semble qu'ils se soient réfugiés au fond des vallées), et même un glacier. 

Les Chinois ont mis du temps à réagir, mais ce que je soupconnais arriva finalement. Alors que je m'éloigne, j'entend siffler derrière moi, me retourne et voit quelques hommes en treillis qui me font de grands signes; je dois faire demi-tour.

 

"Your name Tim?" 

"Pardon?"

Au fil de la conversation, je comprend que tous les blonds se ressemblent dans l'oeil d'un Chinois; ils me confondent avec un Russe passé par là 3 mois plus tôt.

Tim ou pas Tim, je suis renvoyé vers la vallée. Je quitte le pas léger, satisfait d'avoir mes premières aventures; au moins il se passe quelque chose, je peux observer par moi-même et de près la situation, et me complaire dans mon anti-chinoisité. 

Ne me reste plus qu'à redescendre à pied les quelques 7 ou 8 km montés en voiture. Je le fais en chantant. Je rattrape un paysan qui, accumulé sur le dos de son âne, ramène du bois de la montagne vers sa maison. Un sourire, quelques mots echangés: il m'invite à le suivre jusqu'au village. 

La nuit tombe quand nous arrivons. Deux hommes nous interpellent. Quelques mots sont échangés, mon "ami" s'éloigne vite, sans un regard. Je suis retenu. On me fait rapidement comprendre que je suis indésirable ici, et que je dois partir.

 

Les quelques connaissances que j'avais de la situation au Xinjiang, et l'atmosphère ressentie depuis mon arrivée m'y ont preparé: j'ai suffisamment de détachement pour la prendre à la cool, je m'éloigne encore une fois le pas léger, le moral toutefois un peu entamé, mais déterminé à aller au fond de mon aventure, quelles qu'en soient les péripéties. Je reprend la route, alors qu'un des villageois me suit à moto sur quelques centaines de mètres, puis fait demi-tour, me laissant seul dans la nuit. J'ai décidé de marcher jusqu'à ce que quelque chose se passe: je n'ai rien d'autre à foutre, nulle part où aller, pas d'endroit où dormir; un véhicule me ramassera peut-être. Espérons que ce ne seront pas des brigands.

Après environ 10 minutes arrive la première voiture. Elle s'arrête. Surprise, une femme au volant d'un pick-up dont la cabine est pleine à craquer. Elle me fait monter dans la benne, essaye mollement de me demander de l'argent mais renonce vite: je serai au vent, dans le froid et en compagnie de pneus. Nous arrivons assez vite à un carrefour où il me déposent. Il y a là quelques commerces.

Quoi faire, buvons un thé.

La famille kyrgyze qui tient la baraque à thé est plutôt sympa (au moins ils m'adressent la parole), bien que la mère me demande des cadeaux et le père, 50 Yuans pour me loger (alors que je n'ai rien demandé).  Alors que je refuse plusieurs fois, il baisse progressivement le prix. Je suis fatigué, je faiblis, puis cède: il fait froid dehors, j'accepte pour 20 Yuans. Il n'est pas 9h quand je m'endors.

  

Reveillé tôt le matin, je commence à marcher en redescendant la vallée. Apercevant une petite boule de plume dans le fossé, je ramasse un petit oiseau transi, et le garde dans mes mains gantées pendant plus d'une heure, avant de le relacher une fois le soleil levé. Il fait quelques bonds entre les rochers et les buissons épineux. Peut-être survivra-t-il...

Je prend en photo des troupeaux de chameaux qui paissent la rare herbe qui parvient à percer le sol désséché et poussiéreux. Je marche, je marche, l’estomac vide et l’esprit de plus en plus torturé, observant le paysage et les animaux, me rendant compte qu'à l’approche d’un être humain, j’ai de plus en plus tendance à me cacher, ce qui est contraire à mes habitudes sociales. L’humain, colonisateur chinois ou autochtone Ouigour, ne m’a causé jusqu’ici que des problèmes. Je compte pourtant encore persister quelques jours, à tenter de socialiser, d'observer et de comprendre, quitte à subir les pires brimades.

Après avoir passé la matinée à marcher, le long de la route ou dans des vallons adjacents, découvrant de surprenantes formations géologiques qui compensent un peu ma solitude, je trouve une voiture pour m’emmener dans une vallée réputée pour la beauté de ses paysages. Là encore, tout le monde me fixe du regard, peu répondent à mes salutations, je lis la méfiance et l’incompréhension dans les visages.

Je n’ai encore rien mangé de la journée, je rentre dans une épicerie. Alors que je choisis quelques légumes, des fruits et du pain, un groupe de policiers fait irruption. Ils me posent les mêmes questions que d’habitude, n’écoutant pas vraiment mes réponses, ayant déjà préparé la suite : je n’ai pas le droit d’être ici, je doit retourner vers la route principale.

Je me contente de les regarder de haut, les insulte en Français pour me défouler, m’éloigne sur le chemin du retour en les ignorant. Plusieurs dizaines de personnes m’observent sans un mot, ahuris. Les policiers me rattrappent en voiture et me forcent presque à monter. Je me laisse faire, après tout, continuons dans les profondeurs de la bêtise humaine...

En route, je leur hurle plusieurs fois de s’arrêter... pour prendre des photos, continue à les insulter en Français, fait des commentaires sur le paysage, leur demande innocemment s'il est interdit d'être un touriste ici.

Mais ils ne se contentent pas de me ramener à la route, et m’emmènent au poste de police. Là, pendant qu’ils examinent mon passeport, l’un d’eux s’approche pour me prendre en photo. Je baisse la visière de ma casquette sur mes yeux et me plonge dans la lecture d’un livre. Cinq minutes plus tard, je relève les yeux : incroyable ! Il est toujours là ! Je me replonge dans ma lecture. Encore cinq minutes plus tard, il me tape sur l’épaule : quand-même, il aimerait bien que je coopère. Je ne consens qu'à lui présenter mes grimaces les plus horribles. Il abandonne rapidement.

J'ai vite remarqué que je peux me permettre de traiter comme de la merde la police, et l'administration chinoise en général, sans être trop inquiété: un mélange d'indifférence, de politesse et peut-être un certain respect envers l'occidental font qu'ils ne réagissent pas négativement à mes attaques. Je ne me prive donc pas de me défouler, de faire étalage de mon mépris, exige de l'eau ou une cigarette, corrige leur anglais pour ne pas répondre aux questions... Je teste leurs limites, me gardant bien sûr d'évoquer les sujets sensibles, et me présentant comme un touriste comme les autres.

Après une demi-heure, ils me laissent repartir.

Je fais du stop sur quelques dizaines de kilomètres, puis décide de bifurquer sur une autre route secondaire à la sortie des montagnes. Je reprend ma marche, m’arrête un peu plus loin pour pique-niquer, adossé à un charmant petit moulin. Je l’inspecte et y découvre un espace intérieur qui pourrait bien faire office de logement pour cette nuit, couché entre les sacs de farine.

Mais après avoir englouti mon pique-nique de l’autre côté du moulin, je découvre que quelqu’un est venu sans que je m’en aperçoive en fermer la porte ! Dépité, je m’éloigne une fois de plus.

Croisant un canal, je décide de le longer. En route, les rares locaux croisés ne m’expriment qu’indifférence. J’abandonne mon idée de socialiser pour aujourd’hui, je me contenterai de planter la tente, tentant de trouver un endroit où je ne serai pas visible, et tant pis pour le froid. Je me précipite derrière un tas de pierre ou un buisson au passage de chaque véhicule, contourne chaque groupe de personnes en vue ; si je suis chassé maintenant, il me sera difficile de trouver un autre endroit où dormir...

Je finis par atteindre un champ qui offre une vue limitée sur les alentours. Il est 5h du soir et la nuit va tomber. J’ai perdu ma lampe hier dans les montagnes. Je plante rapidement la tente et lit jusqu’à ce que l’obscurité m’empêche de continuer. La nuit tombée, ne me reste plus qu’à me glisser dans mon duvet, et attendre immobile que le sommeil vienne. Que faire d’autre, sans lampe, sans compagnie, dans l’impossibilité de faire du feu?

Le sommeil vint assez vite cependant. 

 

Je me réveille aux première lueurs du matin, fais rapidement mon sac, me dirigeant vers les collines proches. Le froid est intense, et le soleil, après avoir fait une timide apparition, a disparu et ne réapparaîtra plus de la journée. J’atteins les collines désolées qui servent de contrefort à une chaîne de montagnes qui elle-même annonce l’Himalaya. Je longe ses flancs, arrivant sur un énorme cône de déjection, ou « paissent » (mais que peuvent-ils donc paître dans ces cailloux ?) quelques troupeaux de chameaux, moutons et chèvres. Une digue sépare en contrebas les fermes de l’oasis d’une éventuelle coulée arrivant des montagnes. Quelques paysans surveillent de loin leurs troupeaux, accroupis sur la digue à la manière centre-asiatique, les fesses sur les talons, les pieds à plat sur le sol, sur un rocher ou sur un tronc. Impossible de les éviter; de toute façon, il n’est que midi, et la relative bonne nuit que je viens de passer m’a un peu revigoré.

J’engage la conversation avec l’un d’eux qui, fait exceptionnel, a répondu cordialement à mon bonjour 

A cheval sur son âne (à âne ?), il surveille sa dizaine de chameaux. Agé d’une soixantaine d’années, il s’appelle Mohammed (original...) et vit dans l'une des innombrables maisons de terre crue qui parsèment l’oasis. Petit à petit, d’autres hommes s’approchent ; c’est la première fois que j’ai le sentiment d’inspirer la curiosité et non la méfiance. Après une ou deux heures à rester là dans le froid, à se regarder, se sourire, échanger quelques phrases sur le temps, le travail, la famille, la langue (nous communiquons en Ouigour, que je commence à peine à maitriser), il m’invite à le suivre chez lui pour boire le thé. L’invitation a l’air spontanée, je me sens enfin bienvenu, et suis bien curieux de pouvoir enfin et pour la première fois pénétrer un foyer Ouigour. 

Nous parcourons pendant 20 bonnes minutes des chemins de terre bordés de nombreuses maisons en pisé à cour intérieure et dépendances : granges, enclos à bétail, jardins, le tout abrité par les peupliers qui pullulent et donneraient probablement beaucoup d’ombre si nous n’étions pas en hiver. Chaque ferme est tournée vers l’intérieur et ne présente bien souvent qu’une unique mais massive porte ouvragée à l’extérieur, le reste étant un mur de pisé d’environs deux mètres de haut. 

Comme d’habitude, chaque paysan croisé me dévisage mais je ne sens pas l’hostilité de ces derniers jours. Peut-être parce que j’accompagne Mohammed qui, sur son âne, me fait trottiner derrière lui, s’arrêtant de temps à autre pour vérifier que je suis, et me souris. 

Il me fait enfin passer une de ces portes monumentales, débouchant sur un dédale de pièces, de cours et de jardins qui servent tout à la fois de lieu de vie, d’entreposage des aliments, d’enclos à animaux... tout est fait de terre crue (il ne pleut ici quasiment jamais, et l’eau provient essentiellement des rivières qui descendent des montagnes), les sols et les murs sont couvers de tapis, quelques pièces comportent un poêle à charbon.

Le thé consiste d’eau chaude dans laquelle on fait tremper du pain sec, que l’on saisit avec des baguettes une fois ramolli. Mon premier aliment chaud depuis deux jours. Commence alors à défiler la famille : femme, enfants, petits-enfants... la proposition de rester à dormir ne tarde pas, alors que je sympathise tout à fait avec Abdesalam, l’un des quatre fils, qui a mon âge (et qui est évidemment marié). Il trouve très vite le rythme et les mots qui me permettent de bien le comprendre, qualité rare chez les gens non familiers des langues étrangères. Il m’emmène au marché, nous faisons un tour de moto, fumons quelques cigarettes, discutons de nos pays, de nos vies, de nos familles respectives. Lui-même, comme son père, s’occupe des animaux, principale source de revenu et principal aliment dans la région, peu propice à l’agriculture mais très largement rurale.

Au moment de dormir, nous discutons encore quand deux hommes entrent dans la pièce. Ils engagent la conversation à trois, parlant trop vite pour que je puisse comprendre. Mais mon ami n’a pas l’air à l’aise, il sort du lit et leur fait apporter à manger et à boire. Je le vois parler de moi de manière très animée, invoquant mon sac à dos, mon carnet sur lequel je note chaque nouveau mot, les pays que j’ai visités, comme s’il devait se justifier de quelque chose. 

Puis, après une demi-heure de discussion animée, et alors qu’ils me posent quelques questions (fait somme toute habituel), je vois d’autres hommes arriver. Ils sont en uniforme. Je comprend enfin ce qui se passe.

 

On me passe au téléphone quelqu’un qui parle Anglais. 

« où voulez-vous aller ? » me demande-t-il. Ces crétins n’ont vraiment honte de rien. « Nulle part, je veux rester ici, dans cette maison ». L’homme essaie de me convaincre, que ce n’est pas une bonne idée, que les campagnes sont dangereuses, que c’est pour ma sécurité, qu’ils font ça pour moi. Je lui explique que je n’ai pas besoin de chaperon, que les campagnes sont bien plus sûres que les villes, ici comme ailleurs, et que s’il y a bien une catégorie de la population en laquelle je n’ai pas confiance, c’est la police. 

La conversation ne nous mène nulle part, et quoi qu’en soit mon avis, leur décision est probablement déjà arrêtée. Ils nous emmènent au poste de police, moi, le père et le fils. 

Nous y passeront deux heures. L’anglophone est là aussi, qui, après s’être convaincu, et avoir convaincu ses collègues, qu’aucun de nous n’est un opposant, activiste ou autre terroriste, me ressasse ses discours probablement appris par coeur sur la sécurité des étrangers, le besoin de contrôler et de suivre leurs déplacements, l’image de pays sûr qu’ils veulent donner. Il faut en effet, pour pouvoir héberger un étranger en sa demeure, une déclaration en bonne et due forme faite au bureau de police local. 

Je lui rétorque que mon opinion de la Chine se dégrade jour après jour à cause de ce type d’expériences, que je n'ai jamais en voyage été aussi mal accueilli qu'en Chine, et essaie à chaque occasion de le convaincre de me laisser rentrer chez la famille au moins pour cette nuit, de leur faire l’honneur d’au moins finir la nuit chez eux. Après tout, ils savent à présent où je me trouve et avec qui! Mais la hiérarchie ne l’entend pas de cette oreille, et l’interprète finit par me dire que de toute façon, une demande d’hébergement faite par un local serait catégoriquement refusée. Nous y voilà. Il m'apprend au passage que des deux hommes qui nous ont d'abord rendu visite ce soir, l'un est des renseignements généraux, l'autre du ministère des affaires étrangères. Ils semblent accorder beaucoup d'importance à mon cas!

De leur côté, Mohammed et Abdesalam me lancent des sourires qui n’arrivent pas à cacher leur désarroi. J’ai eu beaucoup à faire à la police ces deux dernières années, mais eux vivent probablement cette situation pour la première fois...

Les larmes aux yeux, je me résigne à monter dans la voiture qui me ramènera à Kashgar, où je logerai à l'auberge de jeunesse.

  

Je retournai voir la famille deux jours plus tard, comme nous en avions convenu juste avant que je ne les quitte, pour passer la journée avec eux. 

Arrivé avec des cadeaux (photos imprimées de notre première rencontre, poignard traditionnel dont Abdesalam avait besoin, tapis neuf), je fus accueilli comme un roi : on égorgea une chèvre dont me furent réservés  les meilleurs morceaux, on me gava de sucreries, gâteaux, fruits secs, plats divers et variés. Au fil de la journée, le fils, puis le père et même la mère insistèrent tellement pour que je reste à dormir que je finis par en conclure qu’ils savaient ce qu’ils faisaient et avaient tout arrangé pour ne pas avoir de problème avec la police. 

Après une matinée tout aussi enrichissante, je partis, à la fois triste de les quitter et soulagé d'avoir quand-même pu profiter de leur hospitalité. Je leur promis de leur donner des nouvelles, autant que possible.

 

Il était temps pour moi de quitter le Xinjiang et de me diriger vers Shanghai, à 6 000 km de là.

Kashgar-Shanghai, 6 000 km à travers la Chine

Plus que 6000 km.

C’était le seul plan que j’avais de précis pour les deux prochaines semaines: rejoindre Shanghai depuis Kashgar, et y attendre l’arrivée de la famille, tout en m’occupant de la prolongation de mon visa chinois, et surtout, de l’obtention d’un nouveau passeport, l’actuel étant plein.

Je me donnais 15 jours pour y arriver; à raison de moins de 500 km par jour, je pourrais même me permettre de m’arrêter en chemin et découvrir un peu le pays.

J’arrangeai également le logement en trouvant des Couchsurfeurs dans des villes stratégiquement situées sur ma trajectoire: étant pour la première fois depuis longtemps dans un pays sans en rien connaître de la langue, et ne me sentant déjà pas vraiment bienvenu parmi les Chinois, j’avais décidé de réduire au maximum la part d’improvisation.

Je quittai donc Kashgar une fin d’après-midi, après avoir dit au revoir à ma famille Ouigoure, qui avait véritablement fait de mon séjour au Turkestan/Xinjiang une expérience enrichissante.

Je pris donc, plein est, la route qui longe le côté sud du Taklamakan sur 1500 km. Je trouvai facilement un conducteur qui allait à Kargilik, ville déjà bien avancée sur ma route.

Contre mes attentes, je rencontrai ce soir-là un jeune Ouigour qui, trop content de pouvoir pratiquer sa langue avec un étranger, m’offrit le gîte et le couvert, et m’emmena même dans une boîte de nuit locale. Je passai une bonne soirée et une bonne nuit, et repris la route au lendemain matin, cette fois prêt à couvrir de plus longues distances.

De camionnette en camion de marchandises, plus quelques voitures couvrant d’assez courtes distances mais à plus grande vitesse, j’avançai assez facilement, et dépassai dans la journée Hotan, l’historique, la capitale du jade, rebelle depuis des siècles contre l’occupant chinois, régulièrement réprimée et en grande partie rasée pour en faire une ville de province chinoise comme les autres: sans caractère, sans recoin où se cacher, sans endroit où passer son temps que des centres commerciaux et des cafés et restaurants aseptisés.

Le Xinjiang des villes est mort, rasé, lessivé; le vrai Xinjiang est aujourd’hui ailleurs, dans les campagnes où il se cache et essaye de conserver ses traditions, sa langue et sa culture, chaque jour plus menacées par le rouleau compresseur chinois qui veut transformer chaque village en musée, chaque maison en boutique de souvenirs, chaque trait culturel en un folklore figé, et en imposant sa culture, résumable en ces mots : consommation, soumission, uniformisation.

J’atteins dans la soirée l’oasis de Keriya, ayant cette fois je l’avoue, quelques attentes concernant le gîte de ma probable dernière nuit au Xinjiang. Mais contrairement au soir précédent, j’arrivai à 9h du soir dans une ville déserte. Après m’être fatigué à chercher quelqu’un avec qui sympathiser, et ayant trop froid pour chercher à planter la tente (nous sommes en décembre, sur de hauts plateaux bordant le Tibet), je finis par décider de faire signe aux chauffeurs de camions de passage, et c’est assez rapidement que l’un d’eux m’embarqua.

Habituelles conversations sur nos provenances, occupations et familles respectives, quelques cigarettes, quelques heures de sommeil: nous arrivons au matin à Charkilik, dernière ville Ouigoure.

Ouigoure, et encore: la ville chinoise avance sans cesse, aidée par les promoteurs, qui achètent les vieux quartiers pour les détruire en y construire des centres commerciaux ou des résidences que des Chinois viendront occuper, attirés là par des salaires et logements préférentiels, au détriment bien sûr de la population locale. Les Ouigours ne représentent à Charkilik plus que 20 % de la population, tout comme à Ouroumchi, la capitale provinciale.

C’est ce que me raconte volontiers un entrepreneur local désabusé, qui aurait volontiers démarré une affaire d’import/export avec moi, et qui me déverse sa haine des colons chinois, qui selon lui « ne font rien d’autre que manger et dormir ».

Je parviens tant bien que mal à utiliser internet (l’employée chinoise m’ayant d’abord soutenu mordicus que je devais lui montrer ma carte d’identité chinoise), je fais quelques courses, puis reprend la route vers le Qinghai, la prochaine province, à territoire majoritairement tibétain, mais aussi des Mongols et des Huis, chinois musulmans. Et bien sûr des Hans (Chinois), qui se concentrent pourtant à Xining, la capitale provinciale.

Depuis que j’ai quitté Kashgar, le trafic s’est fait de plus en plus faible. Et après deux ou trois véhicules sur de courtes distances, me voilà aux confins du Xinjiang, à un croisement au milieu du désert, et comme seule activité humaine une pompe à essence et un garage routier.

La journée avance, la soirée s'approche. Quelques camions passent mais ne s’arrêtent pas. Vais-je passer la nuit ici ?

Un bus s’arrête 50 mètres devant moi, le chauffeur me fait signe.

Je n’ai rien d’autre à faire, je m’avance.

Et c’est en fait Mathieu, autre Français en voyage avec sa copine Armelle, qui me faisait signe!

Je les ai rencontrés à Kashgar, et je les savait eux aussi en route pour Xining ; une coincidence certes, mais pas si grande: il n’y a qu’une route, et le trafic est si faible que nous ne pouvions nous manquer à moins de voyager à différentes heures.

Ces retrouvailles me réjouissent mais ne résolvent pas la question de mon transport.

Mais alors que l’on discute, le chauffeur se pose quand-même quelques questions, qu’il me transmet, constatant avec joie que je parle sa langue. Pourquoi suis-je là, pourquoi n’ai-je pas moi aussi pris un bus pour Huatugou, la prochaine ville ?

Pour simplifier, j’ai pris l’habitude de répondre à cette question par le simple aspect financier : je lui dit que je n’ai pas assez d’argent pour le bus et que je cherche à convaincre un routier ou un commerçant par exemple, qui voyagent dans leurs propres véhicules, de m’embarquer gratuitement. Il n’est pas très convaincu, mais alors que je me prépare à repartir, il me fait signe de monter!

Pendant les six heures de route, nous avons donc fait connaissance, échangé sur nos vies respectives, beaucoup partagé, avec lui, Mathieu et Armelle. Nous avons d’ailleurs tous les trois décidé de faire un bout de chemin ensemble, pour quelques jours.

Une fois arrivés, nous dînons ensemble puis nous séparons de notre nouvel ami.

Il est tard et, ayant prévu de partir tôt le lendemain, nous décidons de dormir dans la gare de bus, qui offre une surface et une température tout à fait correctes.

Mais nous sommes en Chine, et il semble qu’ici on ait bien décidé d’arrêter de traiter les humains comme tels, ce qui me sera d’ailleurs confirmé au fil des semaines. En plus de l’interdiction pour les étrangers de rester dans certains hôtels, il est donc aussi interdit aux étrangers de dormir hors d’un hôtel; c’est ce que nous fait comprendre l’espèce d’avorton en pyjama qui sert de gardien, et qui finit par nous envoyer la police alors que nous commençons quand-même à nous installer.

Ceux-ci ne voulant rien savoir, on est obligés d’obtempérer, et ne réussissons qu’à obtenir de loger dans un hôtel pour Chinois, mais pour un prix dérisoire.

Toilettes communes (une large rigole au-dessus de laquelle on s’accroupit en chaîne), diffusant leur odeur sur plusieurs chambres à la ronde, draps tachés: j’aurais préféré le sol de la gare.

Au matin, nous décidons de nous donner rendez-vous le lendemain dans une ville tibétaine située à quelques 1300 km de là (une distance moyenne dans ces contrées), que j’atteindrai en stop et eux en bus.

Et, de voiture en camion, de petite ville en carrefour au milieu du désert, camions embourbés aux abords de lacs salés, stop nocturne, repas hallal, toilettes communes (alors que je faisait tranquillement ma crotte, un Chinois vint me faire la conversation, tout en m'observant dans ma besogne, accroupi en face de moi), cimetières bouddhistes, couchette de camion partagée, indigestion; j’arrivai en une grosse trentaine d’heures à Huangnan (Tongren), où nous attendait un contact, un Américain enseignant l’Anglais dans une école tibétaine. En bus, Armelle et Mathieu ont mis une durée équivalente.

Un autre monde. Visages différents, expressions différentes, accoutrements différents, ambiance différente. Des sourires! Cela faisait longtemps que je n’en voyait plus…

Et un immense monastère, reconstruit il y a peu à la suite des destructions opérées par le gouvernement dans les années 60-70. Celui-ci essaye à présent de se refaire une crédibilité en reconstruisant à grand frais des centaines de monastères parmi les quelques milliers dévastés par la folie du maoisme.

Quelle dévotion parmi les tibétains! Toute la journée, des dizaines d’entre eux, jeunes et vieux, se prosternent devant les statues de bouddha, font tourner des rouleaux à prières de toutes tailles et de toutes sortes et disposés par centaines autour de l’enceinte du monastère, accomplissent le « chemin de croix » local, faisant le tour d’un monument ou encore du monastère complet en se prosternant de tout leur long, allongés sur le ventre des pieds jusqu’à la tête, avançant ensuite de deux pas, avant de recommencer le mouvement; et parcourant donc la distance avec toute la longueur de leur corps.

Comme partout, la mode vestimentaire occidentale a pénétré les foyers tibétains. Mais la plupart des locaux, jeunes comme vieux, portent les habits traditionnels: robes et manteaux multiples, à teintes sombres mais brodés de couleurs vives. Beaucoup sont couverts de bijoux des pieds à la tête, les femmes portent des tresses longues et fines. Je suis marqué par le vêtement des hommes, qui portent un énorme manteau ouvert, arrivant aux cuisses, aux manches démesurément longues et retroussées, avec un seul bras passé, l'autre étant dégagé sur la poitrine.

Jonas m’emmène au matin à son cours, et je découvre une classe des plus enthousiastes, un professeur d’une présence et d’une motivation incroyables, des élèves qui en quelques mois parlent aussi bien Anglais que je le faisais après 4 ans.

Je retrouve Mathieu et Armelle, et nous visitons ensemble le monastère, passons la soirée avec Jonas.

Nous partons le lendemain; cette fois-ci nous feront la route à 3 en stop. Notre objectif est un autre monastère, Xiahe, situé à moins de 200 km de là, sur la route vers le sud que je devrai prendre le surlendemain pour atteindre Chengdu, et de là tracer plein est vers Shanghai.

Nous passons une agréable journée, avançant lentement mais sûrement sur une route de montagne, émerveillés devant les monastères, faisant connaissance avec les moines, visitant des villages, répondant aux sourires des villageois, observant les chortens (ou stupas, édifices abritant les esprits).

A la nuit tombée, ramassés au milieu de nulle part par un chauffeur conduisant sans phares sur la piste en lacets, nous arrivons à destination.

Il est déjà temps de nous séparer, car je dois atteindre dès demain Chengdu, à 800 km de là.

Je ferai du stop cette nuit et toute la journée de demain.

Mais le trafic attendu n’est pas au rendez-vous, Xiahe est plus petite que je ne pensais et semble déjà s’endormir à 8h du soir. Presque plus de voitures sur la route qui me permettrait d’atteindre un plus grand axe routier après 50 km. Trop bête.

Au bout d’une demi-heure, ce sont quatre moines tibétains qui me ramassent, mais ils ne feront qu’une centaine de mètres avant de bifurquer sur la gauche!

Ils n’ont pas compris ce que je fais là, mais ils me proposent de les suivre. L’occasion est trop belle de voir de l’intérieur le monastère que j’aperçois briller au-dessus de la route.

Nous n’avons aucune langue en commun, mais le contact se fait par gestes, mimiques, dessins… et patience. Ce qui semblait impossible avec les Chinois marche pourtant avec les Tibétains. Ils m’apprennent quelques mots de leur langue, nous utilisons un dictionnaire Tibétain-Anglais qu'ils semblent avoir redécouvert par hasard, ils font jouer sur leur ordinateur Apple de la musique traditionnelle, mais aussi de la pop tibétaine, tandis que l’un d’eux tapote sur son smartphone. Je me demande encore aujourd’hui d’où leur vient tout ce matériel.

Chaque moine occupe une petite maison de bois toute neuve et très bien équipée, couverte de boiseries et d’icônes. Un poêle au milieu de la pièce brûle du crottin de chèvre séché, dégageant une odeur un peu âcre mais légère.

Je m’endors rapidement sous les lourdes couvertures, le réveil réglé sur 5h du matin: mon hôte m’attendant demain soir à Chengdu, il me faudra faire les 800 km dans la journée.

A mon réveil, mon moine est déjà debout: il a préparé du thé au beurre et de la tsamba, la pâte d’orge grillée qui est ici mélangée au beurre de yak et à du sucre, qui en enlève son amertume.

Je me confond en mercis tant que je le peux, et rejoins la route dans le noir (ayant perdu ma lampe quelques jours plus tôt).

J’entame la route à pied: attendre les premières voitures de la journée debout dans le froid ou en se réchauffant par la marche, mieux vaut la deuxième option.

Le noir est total, le silence également. Mais tandis que le noir se maintient, le silence petit à petit laisse la place à des bruits, parfois proches parfois lointains, mais toujours pas rassurants : des chiens aboient à s’en arracher la langue. Je me souviens alors de livres évoquant une traversée du Tibet à vélo, où d’énormes chiens poursuivaient de pauvres cyclistes obligés de descendre de vélo pour les combattre à coups de matraque.

Puis je me souviens des trois monstres qui, dans un alpage du Kazakhstan, m’avaient poursuivi sur plusieurs centaines de mètres, atteignant mes talons, jusqu’à ce que j’utilise ma dernière carte: leur faire face et hurler tout mon saoul. Ils s’en étaient heureusement aussitôt retournés.

Je saisis au passage un bâton, puis sors de mon sac le poignard acheté à Kashgar et l’accroche à ma ceinture.

Je vois des lumières sur la route; elles ne semblent pas avancer. Galvanisé par mes histoires de chiens, par le noir presque total et par de vagues idées de brigandage, je m’avance poignard sous la main… avant de reconnaître des enfants en uniforme scolaire, avançant à la lumière d’une unique lampe, probablement vers une école située suffisamment loin pour les jeter sur la route avant le lever du jour.

Mais un peu plus loin, ce sont d’étranges raclements qui cette fois me parviennent, de manière régulière. Je continue à m’avancer dans le noir, inquiet mais tentant de m'auto-convaincre que mon imagination encore une fois me joue des tours.

Et c’est cette fois-ci une vieille dame que j’aperçois au détour du virage: elle fait deux pas, puis s’agenouille, s’allonge enfin de tout son long sur l’asphalte, y faisant racler deux pièces de bois qu’elle porte accrochées aux paumes de ses mains. Une fois sur le ventre, elle lève ses mains jointes vers le ciel, les rabaisse avant de se relever tout à fait, puis de refaire deux pas, et ainsi de suite. C’est ainsi que pèlerinent les Tibétains, parcourant parfois même des centaines de kilomètres sur plusieurs mois ou même des années!

C’est après encore une demi-douzaine de kilomètres que je suis enfin ramassé. Le jour commence à se lever alors que je m’éloigne des montagnes et arrive sur les haut-plateaux du Tibet, que je devrai encore traverser sur plusieurs centaines de kilomètres avant de redescendre sur les vallées humides du Sichuan, pour atteindre Deyang, ville proche de Chengdu.

Le trafic est correct, la journée commence bien, avant de rapidement décliner. J’avance de 10 km, de 50 km, de 5 km. J’attend 20 min, j’attend une demi-heure, j’attend une heure. Un conducteur s’arrête, repart quand j’arrive à son niveau. Un autre me dit quelque chose en Chinois, puis refuse de m’embarquer.

Pressé par le temps, j’ai décidé de ne pas tenter d’arrêter de camion, qui me prendrait certes pour une longue distance mais y mettrait au moins le double de temps qu’une voiture. Plus nombreux que celles-ci, je les vois donc passer et commence à les compter, alors que je marche pour rester en activité: 10, 20, 30, 40… j’en suis au 48ème et à plusieurs kilomètres de marche quand une voiture m’embarque enfin.

Je commence alors le compte à rebours à chaque fois que l’on double un camion: 47, 46, 45… j’en suis seulement à 32 quand je suis déposé, une dizaine de kilomètres plus loin.

Je recommence mon comptage, voyant passer les mêmes camions pour la deuxième fois: 33, 34… 44, je suis ramassé. 43, 42… 28, je suis déposé. 29, 30…
Certains routiers me remarquent pour la deuxième ou troisième fois et me lancent des regard interloqués ou amusés.

Après plusieurs heures de ce jeu cruel qui me voit être ramassé et déposé de nombreuses fois, je suis enfin embarqué pour une longue distance. Mais le climat s'en mêle: la neige commence à tomber, et je vois tout au long de la route des camions obligés de s'arrêter, des voitures dans le fossé, alors que nous passons entre les gouttes, à 50 à l'heure sur 200 km.

Je rattrape pourtant enfin mon retard sur les camions, et peux même commencer le comptage inverse: un camion d’avance, deux camions d’avance, trois camions d’avance… j’arrête de compter à 24, le trafic étant de nouveau correct, alors que nous avons entamé la descente vers Chengdu, et que la neige a cessé de tomber.

Mais quand arrive 17h et que la nuit tombe, je suis encore à 300 km de mon objectif. Si ça ne tenait qu’à moi, je camperait dans un terrain vague ou une forêt, mais il y a à Deyang un Couchsurfeur qui m’attend, et je ne veux pas le décevoir.

Il est 10h quand j’arrive dans l’agglomération de Chengdu, ville de… 10 millions d’habitants. Je dois encore atteindre Deyang, à 60 km de là.

Je suis déposé à un croisement d’autoroute: le pire qui puisse arriver à un autostoppeur en pleine nuit. Je tente d’arrêter des voitures en faisant de grands signes aux conducteurs. Trop bête. Si proche du but.

L'un d'eux s’arrête enfin… et repart devant moi alors que j’ouvre à peine la bouche pour parler.

Un autre s’arrête, me parle en Chinois et alors que je lui fais comprendre ce que je fais là, il repart.

Je les maudit, je maudit la Chine et les Chinois, leur inhumanité et leur indifférence, et je repense au scandale causé quelques semaines plus tôt en Chine et au-delà par la vidéo d’une petite fille écrasée par une voiture et laissée mourante sur le trottoir, alors que passaient indifférents une dizaine de passants. C'est finalement une sans-abri (passant n. 17 sur la vidéo) qui la ramassa et appela les secours. La petite fille succomba de ses blessures un peu plus tard.

Alors que je rumine ma haine, le miracle se produit pourtant: une camionnette s'arrête un peu plus loin, et les deux passagers en sortent... pour pisser.

Je ne me précipite pas vers eux (ça pourrait les effrayer!), mais me rapproche calmement et ostensiblement, puis me manifeste doucement alors qu'ils se préparent à remonter. A ma vue, ils accélèrent le pas et démarrent leur camionnette. Cette fois je me campe devant eux, ils n'oseront pas me rouler dessus!

Alors l'un d'eux ouvre sa fenêtre et commence d'une voix mielleuse en Anglais:

-"vous avez besoin de quelque chose?"

Stupeur, à la stupidité de la question. Puis, moi:

-"Vous allez à Deyang?"

-"Oui"

-"Pouvez-vous m'emmener avec vous? Je me suis perdu et me suis retrouvé ici, j'essaye d'aller à Deyang, où un ami m'attend."

-"C'est que... je ne suis pas sûr d'avoir assez de place."

Re-stupeur. La banquette avant comporte trois sièges, et ils ne sont que deux. Que lui faut-il?

Il finit par accepter. Confus, il s'excuse enfin de sa réaction et m'affirme qu'il est enchanté de me rencontrer et veux absolument devenir mon ami. Volontiers: je ne sais franchement pas comment je m'en serais sorti sans lui.

Il est minuit quand j'arrive à destination. Danny m'a patiemment attendu. Bien que je l'aie appelé plusieurs fois pour lui faire part de mes déboires, m'excuser du retard et lui certifier mon arrivée prochaine, il ne croyait plus me voir ce soir.

Après avoir fait connaissance avec lui et sa famille, avoir bien mangé et avoir tant bien que mal soutenu une conversation d'usage, et quelque peu rassuré sur la présence d'êtres humains en Chine, je m'écroule dans le lit qu'on me présente.

Je passerai deux jours avec Danny, deux jours reposants pour mon moral et enrichissants pour ma culture et mon expérience, à parler d'histoire et de culture chinoise, à m'ouvrir un peu plus à la Chine, autour de bons repas. Danny m'écoute, m'explique, puis me pose des questions et comprend les réponses. J'en suis presque étonné. Il adorerait voyager comme je le fais, et nous faisons ensemble du stop jusqu'à Chengdu pour y passer la soirée avec des amis.

A mon départ, il me reste 4 jours et 2000 km jusqu'à Shanghai. Un jeu d'enfants, avec les autoroutes qui abondent dans cette partie de la Chine, ses aires de repos et ses péages qui me permettront de choisir mes conducteurs. 

J'atteins Chongqing (350 km) en cinq heures, grâce à un groupe d'hommes d'affaire bien disposés.

De là, j'attaque le lendemain plein est pour atteindre Jingzhou (700 km). La partie est beaucoup moins facile. Le péage repéré sur Google Maps, et que je cherche à atteindre par les transports en commun, n'existe pas et, après avoir traversé un terrain vague couplé d'un bidonville, un tunnel/égout passant sous une voie ferrée, traversé un croisement d'autoroute, je me retrouve à marcher le long de celle-ci. Je suis finalement ramassé, mais deux heures après avoir quitté mon hôtesse.

Un peu plus loin, je suis embarqué par un groupe d'hommes d'affaire qui me certifient aller dans ma direction. Il est trop tard quand je me rend compte que ce n'est pas le cas: nous avons bifurqué vers le nord-est depuis plusieurs dizaines de km.

Alors que je leur en fais la remarque, ils me rétorquent que ça n'a pas d'importance, puisque de la ville où ils vont, je pourrai bien prendre un train. Je n'ai pas bien compris la logique, mais le mal est déjà fait...

Nous arrivons à la gare, il est 13h: le train part à 18h, pour une durée équivalente à un trajet en stop. Et, pleins de bonne volonté, des policiers tout aussi empotés que mes conducteurs sont aussi là, tous prêts à me trouver le taxi, le bus ou l'hôtel qu'il me faudra.

Quelle sollicitude! Mais je ne suis pas là pour leur donner un cours sur le stop, le voyage indépendant, les économies d'énergie et l'anti-consommation de masse. Vous voulez vraiment m'être utile? Laissez-moi partir, je me débrouillerai bien mieux tout seul.

Après une demi-heure, ils me laissent enfin partir. Mais alors qu'ils m'avaient promis une voie rapide, je me retrouve sur une route de montagne, certes fort jolie, mais au potentiel de rattrapage de mon retard bien faible.

La route est glissante, un camion a renversé sa cargaison d'oranges. Essayant de le doubler alors que nous arrivons en face, une moto glisse et son chargement de noix rejoint les oranges sur la route. Une moto nous emboutit l'arrière-train à un feu rouge. La pluie redouble. Quand je rejoins enfin l'autoroute, il fait nuit et il me reste encore 300 kilomètres à faire. Et encore une fois, on m'attend.

J'arriverai un peu après 23h. Mon hôte, un étudiant chinois qui en est à sa première expérience avec Couchsurfing, ne comprend pas très bien comment mon bus a pu avoir autant de retard, alors que je tente de lui expliquer le principe du stop, apparemment en vain. Il n'a d'ailleurs pas plus compris comment fonctionnait Couchsurfing, et a réservé pour moi une chambre dans un hôtel!

Je ne peux plus lutter et accepte la chambre. Et, alors qu'il me gave de spécialités locales, cous et becs de canard confits, soupe aux "oeufs de 100 ans" (conservés plusieurs semaines dans l'argile), divers aliments aussi variés que délicieux; j'essaye de lui expliquer que l'intérêt de CS est aussi de réduire la consommation de services quand on peu la remplacer par l'entraide, et qu'un occidental peut AUSSI dormir sur un matelas dur et partager sa chambre avec d'autres dormeurs (il vit dans un dortoir et avait de la place).

Mais je dois m'en repartir au matin. Mon hôte m'a affrété un taxi pour m'emmener jusqu'à l'entrée de l'autoroute...

Direction: Wuhu, 770 km. Cette fois-ci, pas d'erreur de parcours, ça roule, et même vite, sur les autoroutes de Chine. Sans obstacle majeur, d'aire de repos en péage routier, j'arrive à destination à la tombée de la nuit (donc assez tôt en cette période de l’année), et retrouve Cui (prononcer Tsui), que j'avais préalablement réussi à convaincre de me laisser dormir dans son dortoir (il me proposait lui aussi l'hôtel).

Il m’accueille donc dans son campus (environ 40 000 étudiants), veritable ville dans la ville, et me présente ses 6 colocataires. Le 7ème est parti voir sa famille, libérant un lit que je peux occuper.

Cui est un garcon vraiment gentil et comprend tout, de ma manière de voyager à ma manière de penser. Je passe une très bonne soirée en sa compagnie ainsi que celle de ses colocs, tous très intéressants, curieux et ouverts.

Le lendemain matin, nous avons le temps de faire un tour en ville, où j'ai encore l'occasion de goûter des spécialités locales et de visiter un temple.

Shanghai n'est plus qu'à 350 km, je peux donc me permettre de partir l'après-midi.

Quand j'arrive à l'entrée de l'autoroute, panneau "Shanghai" en main, je n'attend même pas depuis 10 minutes quand une voiture s'arrête. Le conducteur va à Shanghai et pourra me déposer à une station de métro, d'où je pourrai rejoindre l'hôte qui m'attend ce soir.

J'arrive tôt et bien disposé. J'aurai dix jours à Shanghai pour arranger quelques questions matérielles et administratives avant que mes parents et soeurs n'arrivent.

 

12.01.2012

Kazakhstan (Français)

En Europe, je faisait des ronds; en Turquie, d'incessants aller-retours ; au Moyen-Orient, je m'éternisais de plus en plus dans chaque pays.
Mais en Asie centrale, j'avais le sentiment que chaque pays me poussait à continuer vers le pays suivant. Ces pays n'étaient en effet pas des plus accueillants, ou du moins, pas pour des voyageurs de mon genre. J'avançais donc, chaque jour, chaque semaine plus loin, et l'arrivée de Ünsal n'y changea rien.
Nous avions en tout cas la même manière de voyager: l'aventure à tout prix, pas de repos, pas d'hôtel, pas de bus ni de train. Nous préférions camper dans le froid plutôt que d'avoir à prendre une chambre d'hôtel, nous préférions attendre pendant des heures sur la route que d'avoir à prendre un bus.
C'est cette manière de voyager qui rend le voyage exaltant, mais c'est celle-là même qui est la plus difficile en Asie Centrale. Le Kazakhstan n'y fit pas exception, mais nous y étions préparés et résistants.
L'automne touchait à sa fin, nous le sentions dans le vent qui se levait, dans la pluie qui tombait toujours plus drue, dans la couleur du ciel qui s'assombrissait, dans la nature qui s'endormait lentement, dans l'arrivée du froid. Nous étions parfois les seuls êtres humains à la ronde, en tout cas les seuls étrangers. Pourquoi venir visiter le Kazakhstan en Octobre?
Pour de nombreuses raisons: parce qu'il était sur notre chemin. Parce qu'il était sur le chemin d'un ami. Parce que quel que soit le temps, les gens restent les mêmes, et les gens sont l'une des raisons les plus importantes pour un voyageur de visiter un endroit.
Les gens au Kazakhstan furent durs avec nous pourtant. Chaque jour, nous rencontrions de nouvelles personnes, et chaque jour nous réalisions que nous ne pouvions attendre grand-chose d'eux, souvent méfiants, parfois renfrognés, toujours imprévisibles.
Heureusement, comme d'habitude, le stop nous amena à rencontrer les gens les plus enclins à accueillir des étrangers, par curiosité, ou par sens de l'hospitalité soi-disant due aux visiteurs. C'est ainsi que nous avons été (une fois) hébergés chez des locaux, ou bien invités pour un repas ou une conversation... Couchsurfing aussi nous aida, et nous avons avons rencontré une famille de Coréens Kazakhstanais qui nous accueillirent chaleureusement. Des étudiants d'une université locale firent également un petit reportage sur nous, autour d'un bon repas local.
Mais la méfiance était également là: approchés par de nombreuses personnes curieuses qui voulaient en savoir plus sur nous, nous étions souvent laissés là une fois leur curiosité satisfaite. Regards rapides, sec ton de voix: nombre de villageois ne semblaient pas goûter notre présence sur leurs terres. Et la police n'était jamais loin, toujours prête à nous embêter avec des questions idiotes, nous faisant perdre notre temps et notre patience.
Beauté de la montagne, beauté du désert, beauté des rivières, des steppes et de la nature. Le Kazakhstan a des merveilles naturelles qui ont probablement été les moments forts de notre séjour, campant au pied des montagnes, près des rivières, avec la steppe comme horizon, entourés d'eau, de glace et de vent.
Dans les rues, dans les maisons, dans les voitures, dans les cafés, l'alcool coulait à flots: la vodka est au Kazakhstan ce que le thé est à l'Iran, conduisant parfois à des situations étranges: une poignée de dollars tendus, une proposition d'hébergement se terminant par des insultes; nous sommes finalement arrivés à la conclusion que les seules personnes désireuses de nous connaître étaient les ivrognes, mais qu'ils étaient aussi les plus imprévisibles, ce qui ajoutait encore plus à l'incertitude de notre voyage.
La vénalité était assez répandue. Beaucoup de conducteurs sur la route, même au volant de voitures de luxe, n'accepteraient de nous prendre qu'en échange d'argent. Nous devions parfois laisser passer 4 ou 5 conducteurs avant que l'un d'eux accepte de nous emmener gratuitement. L'hébergement était parfois aussi soumis à la loi du marché, chose qui ne m'était pas arrivée depuis de nombreux mois.
Le désintéressement n'était pas absent mais était malheureusement l'exception et nous étions même surpris chaque fois que quelqu'un nous proposait un repas ou une boisson sans rien attendre en retour. Et comme un des ivrognes mentionnés précédemment nous proposait autour d'un millier de dollars, nous nous en étions sortis en en acceptant une centaine, alors que j'étais au volant de sa voiture, car nous l'avions convaincu qu'il était trop ivre pour conduire...
Nous étions ensemble et cela suffisait, nous soutenant ou nous poussant l'un l'autre, ou simplement soulagés d'avoir quelqu'un à proximité alors que nous campions dans la forêt. Jouer au backgammon, boire du thé ou manger un Laghman ( une soupe de nouilles à la viande et aux légumes, simple mais nourrissante), discutant des règles de la grammaire turque, faisant de la récup de table dans un centre commercial d'Almaty, tout cela nous a aidé à tenir et à continuer de l'avant, à supporter les contrôles de police cinq fois par jour, à supporter les regards soupçonneux en se regardant l'un l'autre pour ne pas les voir, à rester debout plusieurs heures dans le froid.
Par chance, j'obtins mon visa kirghiz sans trop de peine (Ünsal, comme citoyen turc, n'en avait pas besoin), alors qu'à son tour le Kazakhstan nous chassait, et nous y allèrent, en route que nous étions vers la Chine, par le biais de sa province la plus occidentale : le Xinjiang. Nous avions atteint un des zones les plus montagneuses du monde alors que l'hiver arrivait.
 
 

Kirghizistan (Français)


Plein de doutes. Après presque deux années de voyage, pour la première fois j'eus l'envie ferme, bien que de courte durée, de rentrer au bercail.

Envie de rentrer à la maison ou simplement envie de passer à autre chose ou d'être ailleurs: je considérais vraiment le retour en arrière.

Mais à ma manière: un retour en arrière signifierait prendre un autre chemin pour me diriger vers la France, par des contrées nous encore visitées, en profitant du reste du voyage autant que je le pourrais. Comme j'avais abandonné l'idée d'aller en Russie, puisque l'hiver allait commencer, et comme je me dirigeais dorénavant vers la Chine, ce qu'Ünsal m'avait convaincu de faire, je considérais un nouveau trajet: descendre depuis la Chine vers l'Asie du Sud-est pour y passer l'hiver au chaud (ce qui était un premier signe de lassitude), puis à nouveau à travers la Chine à la Russie au printemps. J'aurais alors 2-3 mois pour traverser tout le pays d'est en ouest, jusqu'en Europe occidentale.


Je me sentais rassasié d'expériences, de rencontres, de nouveaux pays, cultures et langues. Et dès le début, je m'étais préparé à l'idée de rentrer chez moi à tout moment, je savais que le but de mon voyage n'était pas (plus?) de voyager le plus longtemps possible, aussi loin que je le pourrais ou simplement de faire le tour du monde, mais bien d'accumuler les expériences, les connaissances, la souvenirs.

Je préférais visiter moins d'endroits, mais mieux apprendre à les connaître, ne pas s'éparpiller, ne pas garder comme souvenirs que des images ou des souvenirs flous.
Ünsal était dans le même état d'esprit: son compagnon de voyage d'origine, avec lequel il avait prévu de voyager depuis de nombreux mois, l'avait quitté après 6 jours de voyage ensemble et était rentré chez lui, et Ünsal entamait à présent avec moi l'une des régions les plus difficiles à voyager au monde.

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C'est dans cet état d'esprit que nous sommes arrivés au Kirghizstan. Et en quelque sorte, cela ressemblait déjà à une fin d'un voyage. En effet, nous avions réalisé combien il était difficile d'obtenir un visa chinois (j'avais échoué en Ouzbékistan, et nous avions échoué ensemble au Kazakhstan), mais cette fois une page se tournait vraiment: nous étions dans un cul de sac, sans aucune autre possibilité que d'aller en Chine ou de rebrousser chemin.
J'obtins le visa, mais pas Ünsal. Nous eûmes deux semaines de plus à voyager ensemble à travers le Kirghizstan, puis il s'envolerait vers la Turquie pour se reposer un moment avant de prendre un nouveau départ.
A cette époque de l'année, le Kirghizistan était calme: habituellement touristique (alpinisme, randonnées, équitation, lacs et rivières ...), les touristes étaient partis, chassés par les premières vagues de froid.
Contrairement au Kazakhstan, nous n'avons pas eu beaucoup de peine à y rencontrer des gens, à socialiser ou à se faire héberger par les locaux : il commençait à faire trop froid pour camper, et même si nous étions encore prêts à le faire, nous n'avons pas eu à planter la tente une seule fois.
Nous avions quelques contacts sur notre chemin: plusieurs fois, des volontaires américains nous ont accueillis (une fois qu'on rencontre un Américain expatrié, on rencontre rapidement tous ses compatriotes installés dans le même pays), et les autres jours, nous avons rencontré des habitants très accueillants et désireux de nous accueillir. Nous avons enfin réussi à nous intégrer à la vie locale, à apprendre sur leurs modes de vie, leur langue ou leurs opinions.
Chez des agriculteurs, chez le gardien d'un parc naturel, dans la famille d'un adolescent rencontré sur la place d'un village ou chez le gardien d'un hôtel abandonné que nous essayions de squatter, nous avons rencontré des gens très accueillants et authentiques, ceux que l'on ne rencontre pas sur les sentiers battus.PA271421.JPG
En effet, chaque fois qu'il y a de l'argent en jeu, les relations humaines sont biaisées, non plus tournées vers l'intérêt mutuel de la socialisation, mais vers les intérêts personnels. D'honnêtes relations sont désintéressés. En essayant de dépenser le moins d'argent possible, nous rendant dépendants des rencontres, le voyage nous amène à la nature la plus honnête et réelle des relations humaines. Sans cet aspect, voyager perdrait à mon sens l'un de ses principaux intérêts, et savoir cela m'encourage à aller de l'avant.
Autour du lac d'Issyk (Yssyk Kol), nous avons randonné dans la neige, été poursuivis par des chiens monstrueux ou d'ignobles ivrognes, marché parmi des yourtes-tombes, visité des mosquées, des gravures préhistorique ou des cascades gelées, marché, marché et marché, sur la route, sur les pâturages, sur la neige et sur la glace, socialisé avec des expatriés américains, d'autres voyageurs ou des agriculteurs locaux, nous nous sommes disputé, avons joué au backgammon, bu de la vodka dans des bols ou du thé en grande quantité.DSC_7543.JPG

Une fois de retour à Bichkek, la capitale, futur siège du premier gouvernement démocratiquement élu d'Asie centrale cette même semaine (ce qui mérite d'être souligné), nous avons juste eu le temps de nous détendre et de rencontrer les seuls autres voyageurs dans le pays à cette époque de l'année (je ne plaisante pas, seulement une douzaine d'étrangers voyageaient au Kirghizstan à ce moment-là), et nous nous séparâmes.
Ünsal pris son vol pour Istanbul, et je pris mon nouveau compagnon de voyage: Yohann, un Français, musicien, voyageant pour recueillir des enregistrements d'autres musiciens, les faire jouer pour lui, pour les autres et pour eux-mêmes, montrer leur compétences, les lui enseigner et les partager. Il venait lui aussi d'avoir son visa, et nous décidâmes de continuer ensemble. Nous avions une semaine de plus à passer, et quelques centaines de kilomètres à parcourir (c'est-à-dire tout le pays du nord au sud).PB111506.JPG
Nos moyens de transport seraient nos pouces et nos capacités de conviction. Notre hébergement serait n'importe quel lieu comprenant un plancher et un toit, et éventuellement des murs.
Après un long trajet sur la neige, avec un couple sympa qui nous avait ramassé et nous conduirait à travers les montagnes, le seul endroit que nous avons trouvé la nuit venue était la mosquée d'un village. Après avoir demandé la permission de la personne en charge (était-il un imam?), nous avons été autorisés à rester, et chaleureusement accueilli par les quelques fidèles présents.
Le deuxième jour, nous nous sommes promenés, à pied ou en stop, s'arrêtant quand le lieu nous plaisait. Notre errance finit par nous conduire à un petit village hors de la route principale, où un habitant nous invita à passer la nuit. PB101493.JPGVodka, nourriture, musique, balade, il nous fournit tout cela, et au détour d'une route apparut quelque chose qui attira notre regard: une vallée pleine de cheminées de fées, comme en Cappadoce, en Turquie. Après le dîner, nous avons été invités à utiliser leur sauna, puis on s'endormit comme des bébés.
Nous nous sommes réveillés tôt et sommes retournés aux cheminées de fées juste pour le lever du soleil, qui nous promettait une très belle journée. Nous avons passé toute la matinée dans cet endroit fantastique, à escalader les rochers, à parcourir ce merveilleux chaos, sautant d'une roche à l'autre, courant au milieu de colonnes vertigineuses.
Il était alors temps de partir: nous avons dit adieu en échangeant des cadeaux, et pris la route.

 

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Nous avons atteint le même jour la ville d'Och, deuxième ville du Kirghizstan, théâtre d'émeutes et de conflits ethniques lors des manifestations de l'an dernier, mais aujourd'hui plus calme, même si une atmosphère tendue était encore à sentir. Un Couchsurfeur nous attendait là, et nous avons passé deux jours avec lui et ses autres invités, à cuisiner et à échanger sur le voyage, la politique et l'environnement.
Il y avait là deux Français qui voyageaient en s'arrêtant en route pour travailler sur des projets environnementaux ou sur des projets qu'ils construisent par eux-mêmes.
Et nous voilà partis à nouveau. Nous avons atteint facilement lors d'une journée de stop la dernière véritable ville du Kirghizistan, Sary-Tash, et avons décidé de "s'installer" dans un village voisin appelé Sary-Moghol. Sur une large vallée plane et rectiligne encadrée par des chaînes de montagnes dépassant les 7000 m, les petits villages semblait coincés entre les montagnes, le ciel et la neige, qui recouvrait déjà la moindre parcelle du paysage.PB131594.JPG
A peine arrivés, un villageois nous proposa de nous emmener chez lui. Nous sommes arrivés à la plus petite maison que j'aie jamais vu: une unique pièce, recouverte de tapis, avec pour meubles rien de plus qu'un téléviseur et un poêle à charbon. Il nous a accueilli avec sa femme et ses enfants, et nous avons partagé un dîner, une belle soirée à discuter et une bonne nuit de sommeil, les 7 dormant les uns à côté des autres.
Dans la matinée, nous n'avons pu nous empêcher de leur laisser quelques cadeaux en reconnaissance; je n'avais plus rien d'autre que mon couteau à leur donner...
Bien que le trafic était très faible, nous avons lentement réussi à parcourir les derniers 100 km, grâce à un camion et un chasse-neige qui nous a fait cahoter jusqu'à la ville frontière, sur la route très enneigée, en «seulement» deux heures, et par quelques degrés en dessous de zéro.

La frontière de la Chine.


06.01.2012

Kazakhstan (English)

In western Europe, I was turning around; in Turkey, I was coming back and forth; in the Middle East, I was staying over longer and longer.

But since I had got to Central Asia, I felt every country was pushing me away, to go on, to the next one. Those contries were indeed not the most hospitable to me, or at least, not so hobbo- and hitchhiker-friendly. So I was moving on, every day, every week further, and the arrival of Ünsal wouldn’t change it.

We had a perfect match on our ways of traveling though: adventure at any cost, no rest, no hotel, no public transportation. We would rather camp in the cold than have to pay for accomodation, we would prefer to wait for hours on the road than having to take a bus.

And that brought us to have a lot of experiences. Kazakhstan can be tough, but we were tougher!

The autumn was getting to its end, we were feeling it in the raising wind, in the increasing rain, in the darker color of the sky, in the nature slowly falling asleep, in the cold awaking. We were sometimes the only humans in the area, and definitely the only foreigners. Why to come to visit Kazakhstan in October?

For many reasons: because it is on someone’s way. Because it is on someone’s friend’s way. Because how ever the weather is, the people stay the same, and people are one of the most important reasons for a traveler to visit a place.

People in Kazakhstan gave us a hard time though. Every day we got to know new people, and every day we realized we could’t expect anything from them, for they were the most unpredicable people.

Hospitality was there: as usual, hitchhiking brought us to meet people more eager to talk to foreigners, for curiosity, or sense of hospitality supposedly due to visitors. That’s how we eventually got hosted (once) at locals’, and got invited for meals or a nice conversation… Couchsurfing also helped us out, and we got to know a very nice Kazakh-Korean family which gave us a warm welcome. Students of a local university made a small report on us as well, around a nice local meal.

Mistrust was also there: approached by many people wanting to ask questions, we were often finally left to our business, once the answers were given. Rapid glances, rude ton of voice: a few villages and villagers seemed not to welcome us as we were passing by. And the police was never too far, eager to come bother us with silly questions, making us loosing our time and patience.

Adventure showed up: as we were hiking among canyons, we ended up stuck between cliffs, with backpacks on, no possible way back, and a more and more difficult way on. We finally had to climb and jump and crawl and dare taking a lot of risks, to be eventually able to get out of a true labyrinth before nightfall. And walk an hour more in the pitch dark to reach a road…

Beauty of the mountains, beauty of the desert, beauty of the rivers, the steppes and the nature. Kazakhstan has natural wonders, which were probably the highlights of our trip. Camping at the foot of the mountain, close to the river, with the steppe as a horizon, the ice, the water, the wind surrounded us.

Drunkenness was omnipresent: in the streets, in the houses, in the cars, in the cafés ; vodka was flowing, sometimes leading to weird situations: a try to give us a big fistful of  dollars (of course we were not interested, come on), a hosting proposition which ended up with insults; we finally came to the conclusion that the only people eager to get to know us were the drunkens, but also the most unpredictable ones, which added even more to the uncertainty of our trip.

Venality was pretty widespread. Many drivers on the road, even driving fancy cars, would pick us up only in exchange of money. We sometimes had to let 4 or 5 of them going before one would accept to take us for free. Hosting propositions in exchange for money also happened, for the first time since many months.

Generosity was also happening though: although (and unfortunately) it was the exception and we were surprised of it, it happened that some of our new acquaintances would take us for a meal or a drink without to expect any money. And as we were proposed around a thousand dollars from the drunken guy mentioned earlier, we got out of it accepting a hundred, while I was driving his car, for we had convinced him he was too drunk to do it…

We were together and that was enough, supporting or pushing each other or simply relieved to have someone sleeping nearby while we were camping in the forest. Playing backgammon, drinking tea or having a laghman soup (a simple but nourishing noodle and meat soup), conversing about turkish grammar rules, table-diving in an Almaty shopping mall, all this helped us standing any trouble and dare moving on, helped us dealing with annoying police officers five times a day, stand surrounding people staring at us, by looking at each other to not have to withstand their suspicious look, stand a several-hours wait in the cold, stand never ending ups and downs.

Fortunate enough, I got a Kirghiz visa with no much trouble (Ünsal, as a turkish citizen, didn’t need it), and as Kazakhstan was once again pushing me away and Ünsal along with, we moved there, on our attempt to reach China through its westernmost province, Xinjiang. Winter had come, and we were reaching one the world’s most mountainous areas.

Kyrgyzstan (English)

Full of doubts.
After almost two years of traveling, came the first urges to go back home. Urge to go back home or just urge to move on or to be somewhere else, all I know is that I was considering turning back.

But on my own way: turning back would mean taking an other way and head to France crossing several countries where I had never been, and enjoy the rest of the trip as much as I could. As I had given up going to Russia, for winter was just at its beginning, and as I was now heading to China, for Ünsal had convinced me to do so, I considered a new way: down from China to Southeastern Asia to spend the winter comfy (a first sign of weariness), then up again across China to Russia for spring. Then I would have 2-3 month to cross the whole country back to northern and then western Europe.
I was feeling sate of experiences, people, new countries, cultures and languages. And from the beginning, I was fine with the idea of returning home anytime, for the point of my travel was not (anymore?) to travel as long as I could, as far as I could or “just” to give the world a round, but the mere experiences I was getting, the knowledge, the rememberings. I preferably visited less places, getting to know them better, than spreading myself too thin, keeping as memories only pictures or blurry remembrances.
Ünsal was in the same frame of mind: his original travel companion, with whom he had planed to travel since many months, had left him after 6 days of traveling together and had returned home, and Ünsal was now with me starting his long trip by the world’s most difficult region for it, visawise. IMGP3846.JPG

Both with this frame of mind we got to Kirghizstan. And somehow, something already looked like an end of a trip. Indeed, we had realized how difficult it was to get a chinese visa (I had failed in Uzbekistan, and we had failed together in Kazakhstan), but this time the story ended: there was no other country to try from, and no other possibility but to go on into China or to turn back.
I got the visa, and Ünsal didn’t.

We had two more weeks to travel together across Kyrgyzstan, then he would fly back to Turkey to rest a while before to make a fresh start, and I would go into China.
At this time of the year, Kyrgyzstan was calm: usually touristy (for its mountaineering possibilities, hiking trails, horse riding, lakes and rivers…), mainstream visitors would be chased by the first waves of cold, leaving the country slowly falling asleep until next spring.
Unlike Kazakhstan, we didn’t have much trouble in meeting people, socializing or even getting hosted by locals. Weather had got too chilly to be camping, and even though we were still considering doing it, we didn’t happen to have to pitch the tent.
We had a few contacts on our way: a few times, American volunteers hosted us (once you meet one, you get to know all of them in one country), and every other day, we met locals who were very hospitable and keen on hosting us. We finally got to mix up a bit with locals, and learned about their ways of life, language and opinions. 

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At farmers’, at a park keeper’s, at a teenager’s family or at an abandoned hotel’s keeper, in which we were trying to crush a room, we got to know very hospitable and authentic people, the ones you can’t get in touch with following the mainstreams.

Indeed, anytime there is money involved, the human relations seem biased, not brought for the simple purpose of socializing and bringing each other good, but for someone’s personal interest. Honest relationships are selfless. By trying to spend as little money as possible, making ourselves dependant of socialization, traveling brings us to the most honest and real nature of human relationships. Without this in mind, traveling would loose in my sense one of its major interests; and knowing this encourages me to move on.DSC_7543.JPG

Around the lake of Issyk (Yssyk Köl), we’ve been hiking in the snow, chased by monstruous dogs or drunken guys, walking among yurt-shaped graves, visiting mosques, prehistoric engravements or frozen waterfalls, walking, walking and walking, on the road, on the pastures, on the snow and on the ice, socializing with American expats, other travelers or local farmers, arguing or playing backgammon, drinking vodka in bowls or tea in large quantities.
Once back in Bishkek, capital city, future headquarters of the first really democratically elected government of Central Asia that very same week (which deserves to be emphasized), we just had time to relax and meet the only other travelers in the country at that time of the year (I am not kidding, only a dozen of foreigners were traveling in Kyrgyzstan then), and we parted.
Ünsal took his flight to Istanbul, and I took my new travel companion: Yohann, a french like me, but a musician unlike me, traveling to collect recordings of other musicians, make them play for him, for others and for themselves, show their skills, teach and share them. He had just got his chinese visa as well, and we were eager to make it together there.PB101485.JPG

We had one more week to spend, and a few hundred kms to go (that is to say, to cross the whole country from the north to the south).
Our means of transportation would be our thumbs and talking/tricking skills. Our accomodation would be what ever place has a floor and a roof, and possibly walls.
After a long trip driving on the snow, with a nice couple who had picked us up and could drive us over the mountains, the night came and the only such place we found was the mosque of a village. After asking permission to the person in charge (was he an imam?), we were allowed to stay over, and warmly welcomed by the few faithful.
The second day, we wandered around the road, walking or hitchhiking, stopping when the place seemed nice to us. Our wandering eventually led us to a small village out of the main road, where a local had just invited us to stay overnight. PB101496.JPGVodka, food, music, walk, he provided us with all this, and as we were out, we noticed something interesting: a valley full of fairy chimneys, just like in Cappadocia, Turkey. After dinner, we went to use their sauna, and fell asleep like babies.
We woke up early and got back to the fairy chimneys just for the sunrise, which promised us a very bright day. We spent all morning in this fantastic place, climbing on the rocks, running among them, jumping from one to another dizzy rock column.



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It was then time to move: we said good-bye and exchanged gifts, and hit the road.
We reached the same day the city of Osh, second biggest city of Kyrgyzstan, scene of riots during the last year’s protests and ethnic conflicts, but nowadays calmer, although a tense atmosphere is still to feel. A Couchsurfer was waiting for us there, and we spent two days with him and his other Couchsurfers, having meals together and exchanging about traveling, politics and environment.
There were two inspiring French who travel to work on specific environmental projects they would run into where ever they go, along with projects they are building by themselves.
And off we went again. We reached easily during a day of hitchhiking the last real town of Kyrgyzstan, Sary-Tash, and decided to “settle down” in a neighboring village called Sary-Moghol. On a wide, flat and straight valley framed by mountain ranges exceeding 7000 m high, the small villages seemed squeezed between thos mountains, the sky and the snow, covering every single stretch of landscape. PB131593.JPG
Quickly, as we were asking some villagers about a place to stay, a man proposed us to overnight at his house. And we got to the smallest house I had ever seen: a unique room, covered with carpets, containing as furniture nothing more than a TV and a charcoal stove. He welcomed us with his wife and children, and we shared a dinner, a nice talking evening and a good sleep, the 7 of us sleeping close to each other.
In the morning, we couldn’t help leaving them some gifts as acknowledgement: I had nothing left but my knife to give…
Although the traffic was very low, we slowly managed to go the 100 kms to the boarder, thanks to a truck and a snowplow which brought us on its skip right to the boarder town across the very snowy road in « only » two hours. By some degrees below zero though.

27.11.2011

Where everything is fobidden, and everything possible

On September 2010, I came to Turkey. On December 2010, I was still in Turkey. On August 2011, I was again in Turkey.

 

Once could say justifiabily, that my “trip round the world” was not going fairly well round! Yet the point was not only to turn around it, for I could have flown instead.

 

In fact, I got stuck in Sudan (for my greatest delight), not being able to go through Yemen, under an increasing spiral of violence, Libya at war, Syria under a terrible repression. At least, Egypt had ended the fight, and I could pretty much safely reach it back (but that’s another and long story), and thereby Turkey, to be able to finally head east… to Iran.

Foreigners are rare in Iran, dissuaded whether from the hassle of the Islamic Republic or afraid of the same. Thus are people even more curious to still see foreigners, and it becomes a subject of continuous interest. I wouldn’t have been able not to socialize and fit in with local life, yet it was exactly what I wanted.
Iran, industrialized and developed, is far from the country pictured by its own government: a large middle class lives up to Western standards, liberal ideas are everywhere widespread, and Iranians put up with the multiple barriers raised against their freedom, living a double life, real indoors, fake outdoors.
Even though chadors are widespread (the black veil, covering the body from the top of the head, down to the shoulders and to the ankles, leaving only the face uncovered), sometimes accompanied with a black-bearded man, the dress of the average Iranian, and not only in big cities, is largely Western, tight jeans for boys and girls, with a skirt covering the thights for the latters, shirts and blouses, makeup, blow dry, gel, sunglasses.
In public space, she who shows more hair pushing her scarf on the back of the head, he who shows more chest, opening his shirt as much as possible, are showing opposition, playing a pull-and-push game with the government and its frightening bassidj militia.
The industry of cosmetic surgery, especially among women, has also well developed, the face being the only female attribute really visible. The men, meanwhile, allowed to show their arms and neck, practice in many bodybuilding.
In addition to aesthetics, sports in general are among the only non-religious activities allowed, and Iranians don’t hesitate in practicing it: in addition to bodybuilding and jogging, mountaineering, camping and outdoors sports in general are very popular. People camp in parks, car parks, practice climbing, hiking, people escape from the city to take some liberties: men take off their shirts, women their scarfs.
Facing deprivation of liberty, Iranians have also developed a great capacity for imagination and adaptation, and many create their own beers, liquors and wines, instead of buying on the black market very expensive products imported illegally. One’s finding anything in Iran: 70% of households are equipped with satellite dishes for example, forbidden and regularly confiscated, and the most popular channels (unveiled newswomen, non-religious music, political broadcasts) Persian speaking but based in the United States or Dubai.
One finds at the black market all literature, music, films, objects and ideas that do not correspond to the ideals of the Islamic Revolution and which Iranians love.
And everywhere emerge all sorts of movements and opinions more or less extreme but all opposed to the government thesis: ultra-capitalists, anarchists, feminists, animists...
Those who have the opportunity and the means travel abroad (Dubai for business, nightlife and shopping, Thailand for beaches ... and prostitution, Europe for monuments and history…), many settle there, and some never come back. Millions of Iranians are well established in the United States and Canada, and many others are trying to. French courses become widespread  in Tehran and elsewhere, its command being essential to immigrate to Quebec.
And between conservatives and liberals, theological dictatorship and anarchist movements, nose-jobs and black ghosts, benders and Ramadan evenings, hospitality and taxi-hitchhiking, the Iranian schizophrenia was rubbing off on me, alone in a country whose language I didn’t know, together with money and visa problems.

From Turkey to Kazakhstan

The Iranian visa was eventually the easiest I got during the next 4 months of my travel. After nearly 2 months between Georgia, Turkey and Iraqi Kurdistan, 3 very easy-going countries to visit, I was about to experience one of the toughest periods of my travel.

My reserves of energy, accumulated between Georgia and Turkey started to be useful. Yet in many ways welcoming and exciting, Iran proved to be exhausting for a traveler of my type.
Usually 200 Euros enabled me to travel two or three months, but once I arrived to Tehran, It’ s after spending 50 in material for the trip that I realized the inconveniences about to come: the visa to Turkmenistan turned out to cost 40 Euros. And it turned out to require first an Uzbek visa. Which turned out to cost 70 Euros.
Other necessary expenses included, I had about 40 Euros left to spend another 3 weeks in Iran: due to diplomatic discrepancies, Western banks are not allowed in Iran. Once in Turkmenistan, I would not even be sure to fix the problem, the Turkmen government being also not too chummy with international institutions. And I had to keep money aside in case of emergency...
Finally, after applying at the Uzbek consulate, I had 10 days free: the application waiting week plus 4 days of vacation due to end of Ramadan. Only there I could still claim a Turkmen transit visa.

Hence a 10-days hobboing across southern Iran, in which, thanks to Iranian hospitality, there was no night I had to sleep outside, no day I had to fast.

Indeed, I had decided to keep aside all my money and not spend any more Toman until I would be able to whithdraw, that is to say, until I would leave Iran.

On day 2, after reaching the southern coast, on the Persian Gulf, my Iranian trip could really begin.

In Bandar Abbas, an Arab taxi driver who drove me around, offered me food and shared with me his admiration for the Turkish Prime Minister (“Erdogan habibi!”), 3 Azeri brothers met in a shopping mall, house painters, hosted me then for 2 days;

On day 4, three electricians on a military base took me home, to the beach and made me smoke opium;

On day 5, a whole Persian family introduced me to local customs of hospitality;

On day 6, a whole Qashqai (an ancient nomad Turkic tribe) family took care of me for two days, took me to Persepolis and to a colorful wedding;

On day 8, I met the loveliest Couchsurfer of Isfahan, and climbed a pigeon house;

On day 9, I went back to Tehran and met the weirdest Couchsurfer in town, nationalist and admirer of Hitler;

On day 10, I went back to the Uzbek embassy, and to my problems.



After getting without much troube my Uzbek visa, I was told at the Turkmen consulate that the consul had left and I should wait a week to be able to apply with a one more week wait. I had no time, for my Iranian stay was only of 10 days left, and I decided to head to the city of Mashhad, where an other consulate was found. And after an eventful week of incomprehension, “transportation compagnies’ days”, parties, hikes and doubts, the Turkmen visa came the day the Iranian one was expiring. And I want to thank au passage Mahyar, Amin and Alireza who have been very helpful, as much materially as psychologically.

I had 250 km to go, and 5 hours until the boarder would close. I made it hitchhiking and reached it one hour before closing.
The first Turkmen customs were quite nice, we could understand each other between Turkish and Turkmen, and I even helped two soldiers to do crossword puzzles.
But on the other side, no way to hitchhike: I was not even allowed to ask a truck driver to give me a ride. I had to sacrifice some of my emergency money, not wanting to get in trouble with the Turkmen police. I could get out of the boarder’s no-man's-land and hitchhiked the last 10 km.
I arrived eventually, or rather landed in Ashgabat, irrealistic capital of Turkmenistan.

Marble buildings, golden statues, thousands of fountains, tremendous avenues with no traffic, huge parks with no people. Dozens of brand new universities, hospitals, ministries. All of them far from each other, scattered in the lawn and the fountains (let’s not forget Ashgabat is surrounded by desert).

And with again no people: I was told they were not enough students, doctors or civil servants to fill up those temple-shaped buildings.

The new president has his picture everywhere, showing off among “spontaneous crowds”, construction sites or doing sport or whatever pleases him. But when he comes downtown, streets are closed off for several hours. Policemen are at every corner, any hour of the day.

And no international banks. I would have to wait to reach Uzbekistan before to withdraw. I still had 15 dollars which should permit me to hold on a few days more.

Once out of Ashgabat I could easily hitchhike, police was hardly visible and I crossed the country and reached Uzbekistan within the 2 days which I had left on my 5-days transit visa. The real Turkmenistan was there: in the countryside and the smaller towns, where people seem to lead a normal life, far from the eccentric and megalomaniac president’s way.

People were nice on the way, relaxed and open, although a lot of drivers expected me to pay for a ride they would give me, just like in Iran. It had become a habit for me though, and I always asked before even to get to the car if they could give me a free ride. Usually 1 out of 3 or 4 would eventually pick me up.



I reached the boarder on Wednesday, 21st of September, aware of the small bother about to come: Although my Uzbek visa was starting the day after, the one issued by the Turkmen consulate was expiring that day.

The boarder closing at 5 again, I could not pretend playing around midnight to be on time. I may have to spend the night between both customs.

At the first gate was the biggest crowd I had ever seen at a frontier post: more than a hundred people gathering against the wire gate, waiting for the officials to re-open after lunch time.

Almost half of them starring at me, many already asking (mostly silly) questions. When the gate opened, I realized not all people would be able to enter the same day, as they were letting people in one per one. But I was finally pushed to the front, being the foreigner that people would help.

I sorted out quickly my exit visa and could even hitchhike a truck to reach the Uzbek frontier post, a few kilometers further away.

As I was expecting, they winced at seeing my visa. There was no way to negotiate and they told me to wait until next morning. Another official told me the boarder would be open all night and I could get in at midnight.

I didn’t care so much and began writing, going around, asking them silly questions to remind them I was there and waiting for them to let me in. After a few hours (5 or 6), they told me everything was arranged. It was 9 p.m., still 21st of September but they stamped my passeport with the date of 22nd. It hadn’t occurred to me!

I then reached the last frontier post and hitchhiked, wanting to find a place to sleep in an inhabited area nearby. I got a ride to Bukhara; the Kazakh truck driver asked me for money but finally accepted (is it so abnormal? I started to wonder to myself) to give me a ride for free.

The air was chilly: as autumn approached, I was indeed going north. Socializing in a restaurant area, I finally got offered a piece of floor in a storage room. Unlike Turkmens, understanding with Uzbeks was difficult, their language being further away from Turkish and strongly influenced by Persian. They would talk to me in Russian anyway, not wondering if I did speak the language. I actually did, on a very weak and broken level though.

I fell asleep hungry that night.

After visiting the old city and its famous madrasehs, I left Bukhara to Samarcand and could reach it in the afternoon.



It had been one month I was traveling without money. I was alone nearly every day again on the road. I was living permanently in a state of uncertainty: where to sleep, what to eat, how to get around. That day, wandering around the Registon, this massive madrasah complex, attracting tourists from all over the world, I felt lonelier than I hadn’t felt for a long time. I was again looking for a place to stay and something to eat, and I realized I had lost weight and enthusiasm, and I began to consider returning home. But I knew I would be the next day in Tashkent where I could get money from a bank easily. I changed my last dollars and went to a Restaurant; it was the first time since ages I was eating what I wanted when I wanted!

This night, trying to sneak inside the park surrounding the Registan to find a hidden place to sleep, I ran into a park keeper and couln’t really pretend I was just wandering around. He finally decided to help me his best (even though I dodged his try of getting a bribe), and after considering the park and then the police office, he and his colleagues, mostly very nice guys trying to do their best, telling me about their families and their lives, dropped me in the nearest guesthouse and told the owner to leave me a place on the sofa. I had a great sleep that night.

I spent the morning visiting the Registan (a group of French tourists insisted on making me sneak inside their group to enter for free), which was worth it I have to say.

On the way I could get rides easily and got the opportunity to try local food, like the Samsa, dough filled with meat and oignons and cooked in a special oven. I reached Tashkent in the evening.



I was hosted by Couchsurfers, I could withdraw money, pull myself together a bit, relax, and even went party. And of course apply for other visas. I rapidly gave up with the idea of going to Russia: I could only apply for a urgent visa, which could cost me 200 dollars, added to the 90 dollars of the letter of Invitation. Winter was coming and almost 300 dollars for a 1-month visa looked to me a little bit expensive!

I decided to go right to China instead, for I had agreed meeting my Turkish friend Ünsal in Kazakhstan and travel there together. But neither could I get the Chinese visa, as China was in vacation for one week and my passeport was detained at the Kazakh consulate.

What was causing me another problem: one has to show his passport and visa (and the content of his bag) every time he takes the subway in Tashkent. I finally had to give the number of the Kazakh consulate so they could verify my identity and reliability!

The Uzbek government also has to be able to know where a foreigner is at every point of his stay, by requiring a registration made at an official accommodation place every day; one is supposedly not allowed to stay at people’s homes... and every letter sent abroad would be read and translated into the local language, in order to enable the government to keep control over information.

A general atmosphere of authoritarian police state is indeed to feel in Tashkent, as it was in Ashgabat.



I was not unhappy to leave, as I was also about to meet Ünsal, discover a country known to be a “softer dictatorship” than its neighbors, see more mountains and the steppes.

I got to Almaty easily in two days, hitchhiking was okay and my first Kazakh accointance appeared to be a food deliver who took me to the public bath (a local speciality) and then at his family’s home.

Almaty is a very broad, modern city with shopping malls as well as old Soviet compounds, farms or sky-scrapers. Fastly evolving, it appeared to be the most lively city I had seen in Central Asia, given that Ashgabat and Tashkent were very artificial, out-of-nothing made up cities.

Bazars, bars and cafés, churches and mosques, green… One speaks indifferently Russian or Kazakh, some Russians speak Kazakh, some Kazakhs don’t speak Kazakh, Coreans and Germans speak Russian…

The city was towered above by a high range of mountains, whose bottom lied in the steppes and summits in the snow, while in the middle clumps of trees ranged their colors from green to yellow, orange and red.

The autumn had arrived there; I was finally seeing it, after crossing from the heated Mashhad and the Turkmen desert, the cooler high plains of Uzbekistan, the temperate Tashkent. Within two weeks the average temperature had maybe gone down a 20 °C.

Ünsal would come after a few days.

03.11.2011

What I've done

I was not given a choice. After a several month-long break, I have to write again. I am so terribly bored in that very moment, I have nothing else to do, maybe writing is even what I am here for. In this café. In this city. In this country, in this area of the world. Somewhere between Europe, Asia, even not far from Africa, in one of the toughest regimes of that time, that is it, a theocratic regime, an Islamic Republic as it calls itself, imposed to its people some 30 years ago, in the country known as Persia in ancient times.

Somewhere in between, this is also where my mind is, after being traveling in so many different places for nearly two years, adapting myself to circumstances, although these circumstances are mainly not matching to each other.

A traditional african islamic way of life in Sudan, a party animal life in Istanbul, a drunken two weeks stay in Georgia, a pre- and post-revolutionary visit to Egypt, an introduction to Iraq, a glance to the Iranian outworld.  And many things in between.  And as them as the experiences I had there are mixing up in my mind, with no apparent possible match, as much as would an Iranian mollah and an Egyptian queer match to each other.

I did meet both of them. As well as crazy or fancy travelers, stay-at-homes, monks, alcoholics, party animals, drug addicts, farmers, truck drivers, anarchists, nihilists, patriots. Conservatives. Arms dealers. Bullied women. Expats.

I stayed sleeping in fields, under the tent, on a sofa, on the floor, in a fancy flat, in a buiding under construction, in a building under destruction. I’ve squatted houses. I got hosted by force in police stations. I stayed in a church, I stayed in a mosque. I slept over in bus stations, in customs.

From Istanbul to Tbilissi, from Khartoum to Cairo, from Tehran to Tehran over the Persian Gulf, from Turkey to Iraq, from Iran to Kazakhstan over Turkmenistan and Uzbekistan, passing by Alexandria, Uzungöl, Erbil, Samarcand, Trabzon, Tashkent, Louxor, Doğubeyazıt, Batumi, Ashgabat, Of, Isfahan, Omalo, Mashhad, Bishkek.

 

Incomprehensible? I answer representative.

I climbed electrical pylons, I camped alone in pitch-black forests, I went shopping, I worked in a restaurant in Iraq, I hitchhiked in the middle of the night in the middle of nowhere, I spent nights drinking, I spent nights talking, I spent nights hitchhiking, I got threatened with a knife, slept amongst beehives together with beekeepers, I got given money with no reason, got asked for money with no reason. I hitchhiked to 6, I partied on a boat, I spent 5 hours answering questions at a check-point, I shared a meal with militars at a check-point, I met PKK fighters, I smoked opium, I took a flight, I improved my Turkish, I learned how to say “Little red riding hood” in Kurdish, I got lost in a cloud, I puked.

I’ve procrastinated on Facebook, I organized a Hitchhikers’ meeting, I tought French, English and Italian, I talked about whatever with whoever, I saw naked women and burqa-covered women, I’ve been called a spy, I injured my forehead on a trunk, my chin on a rock, I built stairs, I wore a locker as ear-ring, I wore a shell as ear-ring.

I’ve dug in the trash to find food, I’ve had feasts in restaurants, I may have seen a bear in the forest. I’ve met again by coincidence a Syrian friend in Georgia, I’ve picked up wild herbs, mushrooms, saw an accident with a cow, discovered countless similarities between Arabic and Turkish, Turkish and Persian, Persian and Georgian, Kurdish and Persian, Persian an Arabic.

I sang, danced at weddings, discovered I always sweat more on the left side than on the righ one, broke the Iranian law by eating and drinking on the street during Ramadan, I ate melted cheese in melted butter, slept in a hammock, camped on a football field, played with ant lions, cut my own hair, looked after a friend who cut open her wrist, spent 6 hours standing together with petrol cans on a bumpy dirt road, I had a terrible 24-hours long diarrhoea, I attended a village celebration on Caucasus mountains, walked on the roofs of a ghost city, swum in lakes, rivers, and in the sea, and in the ocean.

I’ve been called a profiteer, I sewn, I danced the salsa on a table, I drove a drunken guy’s car, I’ve visited friends whom I didn’t know yet.

 

How not to become myself, at least a little, schizophrenic, multipolar? I was sometimes feeling I was out of myself, overflowing from myself, having a hard time to collect myself, to pull myself together.

However pregressively, all these experiences, knowledges, rememberings, are finding their place into my mind, creating connexions by themselves, adding to the rest, completing the whole.

That’s how I am building up myself.

And that is my point of traveling.

02.11.2011

Là où tout est interdit et tout est possible (Introduction à l'Iran)

Depuis quelques années, et surtout depuis l’élection d’Ahmadinejad, les étrangers se font rares en Iran, soit dissuadés par les tracasseries de la République Islamique soit effrayés par la même. La population y est donc d’autant plus curieuse de voir des étrangers s’y rendre encore, et on en devient un objet d’intérêt constant. Il me fut donc impossible de ne pas socialiser et m’intégrer à la vie locale, et cela tombait bien parce que c’était précisément ce que je recherchais.

L’Iran, industriel et développé, est bien loin de l’image qu’en donne son gouvernement : une important classe moyenne (à mon avis plusieurs millions de personnes) y vit selon des standards occidentaux, et la majorité de la population en général a des idées libérales et s’accomode tant bien que mal des obstacles multiples posés contre leur liberté, vivant une double vie, normale à l’intérieur et discrète à l’extérieur.

On me l’avait dit, je ne voulais pas le croire : la société iranienne est une société ouverte, libérale, je la soupçonne même en majorité laïque. Même si l’on y voit un grand nombre de tchadors (ce voile noir qui, partant du sommet de la tête, couvre les épaules et descent jusqu’au chevilles, laissant seul le visage découvert), parfois accompagnés de barbes noires mais finement tondues et surmontées d’un turban; l’accoutrement de l’Iranien "moyen", et pas seulement dans les grandes villes, est largement occidental, jeans moulants pour les garçons commes pour les filles, avec pour ces dernières une jupette couvrant les fesses, chemises et chemisiers, maquillage, brushing, gel, lunettes de soleil.

Dans l’espace public, le jeu est de montrer son opposition en affichant un look le plus découvert possible, les femmes repoussant leur voiles sur l’arrière de la tête, les hommes ouvrant leurs chemises le plus bas possible.

S’est par ailleurs développée une véritable industrie de la chirurgie esthétique, surtout chez les femmes, leur visage étant devenu le seul attribut visible dans l’espace public. Les hommes, de leur côté, autorisés à montrer leurs bras et leur cou, pratiquent en grand nombre le culturisme. Les salons de fitness et de culturisme sont partout, et on voit dans les rues et les parcs de nombreux iraniens courir ou faire de l’exercice.

Car outre l’aspect esthétique, les sports en général sont parmi les seules activités pratiquées librement, et les Iraniens ne s’en privent pas : en plus des sports « de ville », l’alpinisme, le camping et les sports de montagne et d’aventure en général sont très pratiqués. On campe dans les parcs, sur les parkings, on pratique l’escalade, la randonnée, on s’éloigne suffisamment de la ville pour pouvoir se permettre quelques folies : les hommes se mettent torse nu, les femmes enlèvent leur voile, loin des regards d’éventuels moralisateurs ou pire, d’indicateurs à la solde du gouvernement (les fameuses milices bassidj).

Pour faire faces aux privations de liberté, les Iraniens ont de plus développé de grandes capacités d’imagination et d’adaptation, et beaucoup de foyers créent par exemple leur propre bières, liqueurs ou vins, au lieu d’acheter au marché noir des produits très chers et couteux importés illégalement. Car on trouve de tout en Iran : 70% des foyers sont équipés par exemple de coupoles satellitaires, interdites et régulièrement confisquées, et les chaînes les plus populaires (présentatrices non voilées, musique non religieuse, émissions politiques) sont persophones mais basées aux Etats-Unis ou à Dubai.

On trouve au marché noir toute la littérature internationale, dans sa grande majorité interdite car jugée immorale, tout l’art alternatif et historique Iranien (celui de l’époque du Shah par exemple étant proscrit), et toute la musique, le cinéma, objets et idées ne correspondant pas aux idéaux de la Révolution Islamique et dont la plupart des Iraniens raffolent.

Et on assiste un peu partout à l’émergence de toutes sortes de mouvements et opinions plus ou moins extrêmes mais tous opposés aux thèses gouvernementales : ultra-capitalistes, anarchistes, féministes, animistes…

Ceux qui en ont l’occasion et les moyens voyagent à l’étranger, beaucoup s’y installent et certains n’en reviennent jamais : Dubai pour la vie nocturne et le shopping, la Thailande pour les plages… et la prostitution, l’Europe et l’Amérique du nord pour la vie occidentale et pour l’émigration. Des millions d’Iraniens sont ainsi installés aux Etats-Unis et aux Canada, et de nombreux autres s’y préparent. Les cours de Français se multiplient à Téhéran et ailleurs, sa maîtrise étant indispensable pour émigrer au Québec.

Et entre conservateurs et libéraux, dictature théologique et mouvements anarchistes, pots de peintures et fantômes noirs, soirées arrosées et Ramadan, la schizophrénie latente de l’Iran aura vite fait de déteindre sur moi, seul dans un pays dont je ne connais pas la langue, avec pour couronner le tout des problèmes d’argent et de visa.

Des d’ingrédients très variés, la garantie d’un séjour… corsé.


Gonflette et tchadors, barbus et chirurgie esthétique

 Obtenir le visa iranien fut étrangement facile. À Trabzon, Turquie, je l’obtins en moins de 24h, pour « seulement » 75 euros.

Ayant sur moi 300 Euros et dans l’impossibilité d’en retirer davantage le même jour, je décidai tout de même de partir une fois le visa en poche, hâté de découvrir de nouvelles contrées.

Je partais donc pour l’Iran avec exactement 225 Euros et quelques Lires turques à changer. Ces considérations économiques, loin d’être un détail de l’histoire auront d’importantes conséquences sur la suite du voyage.

Je quittais la côte de la Mer Noire pour m’enfoncer dans les plateaux Anatoliens qui déroulent leurs steppes sur l’est de la Turquie et continuent sur l’Iran.

Au soir, à l’heure de la rupture du jeûne du Ramadan, le trafic étant faible car tout le monde se préparait à manger, des voisins m’ayant aperçu au bord de la route m’invitèrent à partager leur repas.

Ce bon repas, en bonne compagnie, me donna les forces nécessaires, et j'atteins l'Iran au matin suivant, après toute une nuit sur la route.

 

Les réserves d’énergie (principalement psychologiques) accumulées ces dernières semaines entre la Géorgie et la Turquie, pays on-ne-peut-plus accueillants et faciles à voyager,  me furent utiles. Car, à bien des égards accueillant et passionnant, l’Iran se révéla être épuisant pour un voyageur de mon type.

D’ordinaire, 200 Euros me suffisaient pour voyager bien deux ou trois mois; or, une fois arrivé à Téhéran, c’est après en avoir dépensé 50 en matériel de voyage que je me rendis compte des désagréments à venir : le visa turkmène se révéla cher (40 Euros). Et il se révéla exiger d’obtenir d’abord un visa ouzbek. Qui se révéla coûter 70 Euros.

Autres dépenses indispensables comptabilisées, il me restait à peu près 40 Euros pour passer encore 3 semaines en Iran : divergences diplomatiques obligent, les banques occidentales n’y ont pas droit de cité. Une fois arrivé au Turkménistan, je ne serais même pas sûr d'y régler le problème, le gouvernement turkmène n’étant pas non plus trop copain avec les institutions internationales. Et il me fallait garder de l’argent de côté en cas d’urgence...

Enfin, après avoir fait ma demande de visa en règle au consulat ouzbek, j’avais 11 jours de libre : la semaine d’attente réglementaire plus 4 jours de vacances pour cause de fin de Ramadan. Là seulement je pourrait encore prétendre obtenir un visa de transit turkmène.

J’étais à Téhéran depuis une semaine et n’avais encore presque rien vu du pays.

 

J’avais à 1200 km de là, à Bandar Abbas sur le Golfe Persique un contact, un Couchsurfeur « très sympa, super riche et avec qui on peut faire de la plongée » (dixit notre ami commun, Marcus). Je décidai d'y aller.

J’atteignis Bandar Abbas facilement, en 22 heures (une journée et une nuit de stop).

7 h, j’ouvre la porte du four après une nuit dans le frigo (nous traversions des montagnes sous une pluie battante) : une intense bouffée de chaleur me saute au visage. On m’avait prévenu : il est tôt le matin mais on frôle les 40 °C. Ramassé par un chauffeur local très sympa, il est Arabe, il me donne à manger (encore des biscuits et du soda !), et me prête son téléphone: j’appelle alors mon contact, qui ne répond pas. Je rappelle à 9h. Toujours pas de réponse. Mon nouvel ami a du boulot, il me dépose dans un centre commercial où je pourrais attendre au frais. Je commence à faire des connaissances. Je rappelle mon contact à 10h. Puis à midi. A 4h. A 6h. De nouvelles connaissances (trois frères peintres en bâtiments, Azéris avec qui je pus donc communiquer en Turc, proche de leur langue), me proposent de m’emmener chez eux. J’accepte, bien évidemment.

Je passai 2 jours avec eux, à discuter de choses et d’autres, apprenant l’Azéri, marchant le long de la plage, faisant du sport, se reposant. Socialisant finalement. J'abandonnai l'idée du Couchsurfeur.

Je repris la route.

Ayant à nouveau l’esprit vagabond de certaines périodes de mon voyage, et comptant sur l'hospitalité locale, je renonçai finalement à dépenser le moindre Toman, et décider de garder mon argent en cas de besoin vraiment urgent. Ce fut le début d’une errance de 10 jours lors desquels je ne dépensai pas un centime, et n’eus pas non plus à dormir dehors. Malgré la chaleur parfois suffocante, les difficultés à faire du stop et quelques incompréhensions culturelles, ma propension (naturelle ?) au contact et l'hospitalité iranienne firent que pas un jour je ne rencontrai quelqu’un qui m’invitât chez lui, alors que j’étais pourtant prêt à dormir dehors.

  

A Bandar Lingeh, déposé sur la plage par un couple qui m'avait invité à dormir chez eux quelques minutes plus tôt (ce genre d'invitation polie mais non sérieuse est un trait culturel courant en Iran), je rencontrai des électriciens travaillant sur une base militaire proche qui eux m'invitèrent pour de vrai au bout de 5 minutes. Je passai une bonne soirée avec eux, puis une matinée tout aussi sympa à se baigner dans une eau à plus de 30 degrés (et grignoté par des poissons minuscules) et à ramasser des coquillages dont l'un orne encore mon oreille à l'heure où j'écris.

Reprenant la route, je repiquai au soir vers le nord, quittant le Golfe Persique pour remonter doucement vers Téhéran.

J'arrivai dans une petite ville nommée Jam, et me préparai à dormir dans un parc, quand une famille entière arriva pour engager la conversation. Désinvoltement, ils m'invitèrent à dormir chez eux et se préparaient à partir sans moi quand je décidai de leur montrer qu'on n'invite pas quelqu'un dans le besoin par pure politesse, même quand une vague tradition locale l'autorise, et insistai alors sur leur invitation. Ils finirent par m'emmener avec eux. On pique-niqua dans un parc, je pus ensuite prendre une douche, et dormis dans le salon de leur immense et riche maison.

Au matin, après le petit-déjeuner, le grand-père me mit vite plus ou moins dehors. Je fus sur la route à 9h. Des chauffeurs de taxi essayaient de me convaincre de faire appel à eux, allant jusqu'à me proposer de m'emmener gratuitement à la ville suivante, alors que je savais très bien qu'ils finiraient par me demander de l'argent. Mais ils insistèrent tellement que je finis par me décider de profiter de l'occasion pour enfin avancer, quelles qu'en soient les conséquences. J'embarquais donc pour Firuz Abad, distante de 175 km, répétant encore plusieurs fois que je n'avais pas d'argent pour être bien sûr que tout le monde (y compris les passagers) ait bien capté le message en cas de problème.

Mes suspicions étaient fondées: une fois à destination, mon conducteur demanda d'un ton agressif que je le paye, alors que je m'éloignais nonchalamment et le remerciais, et me menaça d'aller à la police.

Après tout, pourquoi pas? J'avais tout mon temps et j'étais persuadé en sortir victorieux. J'acceptai d'aller à la police.

On passa plus de quatre heures ballotés d'un poste de police à l'autre, chacun répétant inlassablement sa version des faits (somme toute très simple): il déclarait qu'il m'avait emmené jusqu'ici et que je refusai de le payer, et je répondais qu'il avait accepté de m'emmener gratuitement et que je lui avais bien dit que je n'avais pas d'argent. Je leur expliquais le principe du stop, photos de moi en action et panneaux à l'appui. Ils finirent par être convaincus, et, aucune solution n'ayant émergé après tout ce temps, puisque je n'avais de toute façon aucun argent pour le payer, ils finirent par me laisser partir, le chauffeur de taxi repartant bredouille.

Un prof d'anglais ayant servi d'interprète au dernier poste de police me proposa même de contacter sa famille à Shiraz; j'y arrivai en fin d'après-midi.

Je retrouvai donc Mohammedi, le père de mon interprète, prof d'anglais lui-même. Intéressant personnage, mais qui me fit subir, aidé de son autre fils Puyan, l'interrogatoire le plus long de mon existence: pendant deux jours, du matin jusqu'au soir, les questions ne tarissaient pas: « Quelles sont les différences entre la France et l'Iran », « les Iraniennes sont-elles jolies », « comment sont les relations hommes-femmes en France », « cultivez-vous des fruits et légumes en France », « lesquels », « quel effet a eu Napoléon sur l'histoire de France », Combien coûte un kilo de tomates », « Une Peugeot 206 », « quelle est ta couleur préférée », « penses-tu que je suis trop gros? »...

Je visitai Persépolis, et assistai à un mariage de leur tribu, les Qashqai, originellement des nomades turcophones, sédentarisés de force par le gouvernement. Les hommes y restaient assis pendant que les femmes dansaient, avançant lentement en cercle dans leurs robes bouffantes et incroyablement colorées et agitant des rubans, et il me fut interdit de m'approcher d'elles à moins de 10 mètres ou de prendre trop de photos.

Le lendemain, il fut temps pour moi de retourner à Téhéran, d'aller chercher mon visa ouzbek et de continuer mes tracasseries.

Et deux jours plus tard, j'atteins Téhéran, logé chez un Couchsurfeur très bizarre qui ne cessait de répéter mon nom (Mathieu. Mathieu from France. France. Mathieu from France.) m'avoua son admiration pour Hitler et Napoléon, et combattais de toutes ses forces toute idée d'autonomie Kurde, Azérie, sud-soudanaise... "c'est la majorité qui doit décider. C'est ça la démocratie. Ces indépendances ne sont pas acceptables. Tout ça est manipulé par les Etats-Unis et Israel. La religion Baha'ie a été inventée par les Anglais" etc etc.

 

Et les ennuis de visas recommencèrent.

Visa ouzbek finalement obtenu, le consulat turkmène me déclara que le consul était parti pour une semaine et que je devais revenir après cette période. Mon visa iranien se terminait 10 jours plus tard, et le visa turkmène demandait une semaine d'attente. Cherchez l'erreur.

Un autre consulat se trouvait à Mashhad, à 1000 km de là, et la seule solution d'encore obtenir mon visa à temps était d'y aller; je pourrait même y faire ma demande le lendemain matin.

Je retournai voir mon Couchsurfeur (Heil Hitler! Me salua-t-il). Je récupérai mon sac; bien qu'il travaille dans une agence de voyage, il ne chercha pas vraiment à m'aider à trouver un transport rapide pour Mashhad.

Je quittai Téhéran à 15h, je pouvais être en 15 heures de plus à destination pour faire ma demande de visa tôt le matin.

Le trajet fut d'une facilité étonnante. Ayant trouvé un Anglophone avant de quitter la ville, je lui demandai de me traduire en Persan un court texte afin d'éviter les quiproquos et afin qu'on ne me demande ni ne me propose d'argent. Un peu perturbé par ma demande mais voulant vraiment m'aider, il traduisit mon texte (à peu près « je dois me rendre à Mashhad le plus vite possible, mais mon budget ne me permet pas de payer le transport. Pourriez-vous m'emmener jusqu'à la prochaine ville, de là je chercherai un autre transport pour la ville suivante »), mais finit par me payer un taxi pour la gare routière et me donna de l'argent pour me payer mon ticket de bus.

Encore raté. Je gardai bien sûr l'argent et repris mon pouce et mon panneau de stop. Le texte me fut utile: des voitures, plus ou moins rapides, s'arrêtaient, et à la vue de mon papier acceptaient de m'embarquer. Certains me payèrent même le taxi suivant. Et de 100 km en 100 km, j'avançai assez vite et trouvai même à mi-chemin un livreur qui allait directement à Mashhad.

1000 km en 11 heures: vers 4h du matin j'arrivai à destination. Depuis la sortie de l'autoroute où mon conducteur me déposa, j'en trouvai un autre qui m'emmena au centre-ville. Après avoir loué le président Ahmadinejad et m'avoir ordonné de me prosterner devant le mausolée de l'Imam Réza (je prétendis ne pas comprendre et ne fis pas un mouvement), il me déposa au poste de police (?!). Très sympathiques, les flics m'indiquèrent le consulat turkmène et un parc où je pourrai me reposer en attendant l'ouverture, sans même contrôler mes papiers.

J'allongeai finalement mon duvet dans l'herbe et décidai de dormir les 4 petites heures qui me restaient.

8 heures. Je suis le premier à attendre; le consulat est censé ouvrir à 8h 30. J'eus donc largement le temps de me rendre compte de mon nouveau problème, puisqu'ils n'ouvrirent qu'une heure plus tard: le jeudi est réservé aux compagnies de transport! J'eus beau tenter d'expliquer mon problème (en Turc, l'employé ne parlant pas Anglais), rien à faire, il me faudra revenir un autre jour. Il me faudra donc trouver un logement, le temps d'attendre de régler cette histoire qui commence vraiment à me rendre fou avec ses complications sans fin. Et dans mon semi-désespoir, je fis une erreur: pensant que les jours d'ouvertures seraient les mêmes qu'à Téhéran, j'omis de les consulter.

Heureusement, trouver un logement par CouchSurfing fut facile, et quelques heures plus tard, je rencontrai Mahyar et Amine.

Nous nous entendîmes très bien et je réalisai à quel point il pouvait être agréable parfois d'avoir quelqu'un qui comprend mes problèmes, qui comprend la manière dont je les vis et qui peut même m'aider à comprendre la mentalité locale. Car, outre mes histoires de visa, d'autres aspects de mon séjour en Iran demandaient beaucoup d'énergie: l'incompréhension du concept de stop, l'extrême curiosité sans gêne de certains, la fascination des dictateurs et puissants dominateurs en général, un certain racisme, envers les Arabes notamment (vous comprenez, ils nous ont envahis il y a 1000 ans...), le concept d'invitation par politesse (rappelons que je suis à cours d'argent)... et mon manque d'argent, justement.

Les jours d'ouverture des consulats à Téhéran étant du dimanche au jeudi, je retournai donc le dimanche faire ma demande de visa. Pour trouver le consulat fermé: il avait en fait ouvert le samedi, et rouvrirait le lundi... pour les compagnies de transport. Du mardi, il ne me resterait donc que 4 jours de visa iranien.

Y croyant encore, je décidai donc d'y aller le mardi et d'être convaincant, afin d'obtenir mon visa dans les temps. Tout le monde fut aimable avec moi ce jour-là, on me déclara même que mon visa serait peut-être prêt à temps. Il ne me restait de toute façon guère d'autre choix que d'y croire: il était déjà trop tard pour faire prolonger mon visa iranien, et je n'aurais de toute façon pas les moyens de le payer. Et un visa Ouzbek commençant 10 jours plus tard... Je préférais ne pas penser aux conséquences qu'auraient une non-délivrance...

Je changeai encore deux fois d'hôte, parsemant mon séjour d'expériences intéressantes: une journée avec un Polonais bavard et raide, mais Persophone, à explorer de fantastiques formations géologiques dans la montagne et assistant à un mariage Kurde en compagnie d'Azéris; une tentative d'approche rapide et maladroite de la part d'une fille dans la rue (elle me caressa la joue en pleine rue; alors que je ne suis même pas censé parler à des filles non mariées), des châteaux de cartes, de la danse et des conversations philosophiques avec Mahyar, Amine et Alireza, mon autre hôte, polyglotte et passionné.

Puis le samedi arriva, et moi au consulat turkmène avec mon sac à dos, prêt à partir vers la frontière turkmène à 250 km de là, mon visa iranien se terminant ce même jour. Et le miracle se produisit: j'obtins le visa (transit de 5 jours, 55 dollars), commençant ce jour même.

11h, adieux faits à mes amis, je partis et atteins la frontière peu avant la fermeture.

Les premiers douaniers turkmènes furent plutôt sympas, on se comprit bien entre Turc et Turkmène, et j'aidai même 2 soldats à faire des mots croisés.

Mais de l'autre côté, impossible de faire du stop: on ne m'autorisa même pas à demander à un chauffeur de camion de m'emmener. Je dus sacrifier un peu de mon argent d'urgence, ne voulant pas d'embrouille avec la police turkmène, et pus sortir du no-man's-land de 25 km puis refaire du stop... pour les derniers 10 km.

J'arrivai enfin, ou plutôt débarquai, à Ashgabat, capitale d'une planète semble-t-il fort différente de la nôtre et nommée Turkménistan. L'un des pays les plus fermés au monde à cette heure.

18 h 49, samedi 17 septembre 2011.

06.07.2011

Writing about writing about Sudan

 

Writing is not an easy thing. It's been several years that I am doing it now, although I had never written any personal data before I was 18. It came naturally when I really begun to live my dreams: traveling, learning languages, satisfy  my curiosity by experiencing always new things.

And since the beginning of my writings, I feel that it takes more and more of my time and energy.

But also since the beginning, I noticed that almost every new article is better developed than the previous one, and I cannot escape and go back to "today I did this and that whith those people, it was nice and we had fun".

Writing, I mean materializing my thoughts, helps me to develop my opinions and reflexions about whatever fact is happening to me and around me, making me understand more and more the people, the environment, and finally, how the world still works.

Sudan for instance was a different world for me 6 month ago. As an interested person about geography, cultures and languages, I knew some informations about it: Arabic as an Official language and Islam as main religion, former Ottoman, then Egyptian, then British colony, Nile, Red Sea, desert as landscapes.

But finally, when I got there, I realized that I had no idea about what was going on in one of the most isolated countries in the world, under western embargo, with a president under international arrest mandate, with shari'a (Islamic Law) supposed to get women slashed if they would dare to wear trousers. And, last but not least, I learnt from the Egyptians that Sudanese were soooo laaaazy.

Of course I didn't believe that was all real, and anyway, I like to see it by myself.

First thing which hit me, was the facility to speak with the people, and the great generosity they were showing to foreigners.

It is not very easy to enter Sudan: the visa is very expensive, there is no road from Egypt, only plane or 15 hours-long ferry-boat. You then have to register at a police office in every city you go to visit, and declare you camera. Clubs don't exist: alcohol consumption is illegal, as is showing shoulders or legs in public, or have a close contact with the opposite gender.

But they are the best in oral contact: even women were easy to approach (or approaching me) in public places, which was not the case in Egypt (except Cairo) or Syria and Jordan. They were curious, but not only about knowing if I was married or what was my age, but also about my beliefs, my political opinions, my life experiences, my life projects.

I never felt any fear or suspicion, which even led me to sometimes confusing situations, where I was finding myself alone together with several strangers, in a remote place, a remote neighborhood of capital city Khartoum, nobody else knowing my presence here, and asking to myself: "should I be scared?".

Al hamdu li-allah ("thanks God", would the Sudanese say in this situation), nothing bad ever happened.

On the contrary: I was spending more time socialising than having any other activity: sitting for hours on a tiny stool, talking or trying to catch the conversations in Arabic, drinking tea or hibiscus and smoking cigarettes, I was every day meeting new people, also because Sudanese use to hang around in big groups, which makes you meet a lot of people at the same time. And never stay alone OR leave you alone. The streets (especially the ones of the Suq al-'arabi, "Arabic market", city-centre of Khartoum), and the cafés of the two universities I was visiting were my socialising places. Exchanging in French or English with some of my friends who were students, I was getting my vocabulary and then going to practice it with my friends who were pedlars or workers and knew only Arabic. We were then moving to visit an other friend or a relative, have a meal on some other street, or hang around in a park close to the Nile.

When I think about it now I am wondering how I didn't get bored as I did this for more than THREE MONTH.

But (and I tie up a little with the Egyptians' opinion), the rythm of life in Sudan was so slow, the schedules, plans or meeting so chaotic, that I kind of slowly forgot that the time was going on in the rest of the world. Only the news of revolutions happening almost all around Sudan (Egypt and Libya border it, Yemen is not far, Syria is on the way), were reminding me what was going on.

And things in Sudan were staying the same.

Same government, at which people don't really pay attention.

Same goals in life: look for a fiancé(e), marry her/him, have children and grow them. Have a nice big  house to get a lot of visits from friends and relatives.

Same food: ful, the main plate, based on crushed boiled beans mixed with onions and tomatos, oil and salt; kisra or ghurrasa, sliced sorghum pancakes with vegetable or meat sauce, kawari' or karsha, respectively beef leg and intestine soups.

Same economical activities: cultivating the land, or selling and buying staff from anywhere to

anywhere. Despite the western based economical and social researches realized the same way in all countries, not paying attention to any local specificity, I would say that unemployement is almost non-existant in Sudan: either one or the other of the sub-mentioned activities, all men are actually working. Just none of them is working full-time. The married women take care of the children, except in Khartoum, where many of them are teachers, doctors, employees of the state or companies. The younger or older ones, the widows or divorced ones, sell cloth or prepare tea or food to help their families, where they usually live.

Because there are two social groups in Sudan: the families and the single men. Women stay at their families until they marry (even if a lot of them study), when men go to find a job and make money: they wouldn't find any woman to marry if they can't provide a house and sufficient money to grew the children which will come right after marrying. This is why women usually marry between 20 and 26, and men between 28 and 34.

This is how Sudanese society works since hundreds of years, and it doesn't really look on the way to a big change. But who in Sudan actually desires a big change? Almost no one. Tradition is bond of the society, as religion also is as a part of the tradition. There may be no way to dissociate them in Sudan, which  unsettles me: I can easily accept a new culture or tradition to add to mine(s), but a belief can't be added to an other one. In fact, religion is everywhere in Sudan: improvised mosques on the streets for the 5 praying times of the day, omnipresence of Allah in conversations: the famous in sha Allah (please God), Al hamdu li-allah, (Thanks God), ma sha Allah (Ah, what God can do!), bi-ismi Allah (in the name of God), or the traditional answer to Salam 'alaykum (peace on you): wa 'alaykum as-salam wa rahmatu Allah wa al-barakat ("and on you the peace, and the grace of God and his blessing").

Despite the conflicts, more than anything politically based, which are burning south and west (Darfur) communities, central Sudan is really peaceful, and in Khartoum different people, tribes and religions live together without troubles. Sudanese are anyway really peaceful people, no agressivity, harassment or suspicion are to be seen in Khartoum.

And Sudanese society, with its tradition and religion as bases for social rules, also tries to keep peace and cohesion for its people. And this is what all societies basically try to do. Whithout to forget the crimes that some are commiting to achieve their aims, but this is an other topic and I am not qualified to undertake it.